Jean d'Ormesson : L'important, c'est Dieu, qu'il existe ou non

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L'humour de Jean d'Ormesson

L'académicien s'est éteint dans la nuit de lundi à mardi. Il avait 92 ans. En mai dernier, le romancier rencontrait les lecteurs du Figaro, son journal de toujours. Il n'était pas toujours d'accord avec tout le monde, mais il savait mettre tout le monde d'accord.

Jean d'Ormesson

Jean d'Ormesson

 

«Tout le monde vote Jean d'Ormesson!» C'est par ces mots qu'Alexis Brézet, mercredi 17 mai, a achevé son introduction. Et cette phrase aux accents politiques a résonné, dans une Salle Gaveau pleine d'un millier de personnes, d'un écho bien particulier: celui de l'évidence. Jean d'Ormesson n'était pas toujours d'accord avec tout le monde, mais il mettait tout le monde d'accord.

Auparavant, Alexis Brézet avait rappelé que ce n'était pas Le Figaro qui invitait Jean d'Ormesson, mais bien Jean d'Ormesson qui recevait Le Figaro et ses lecteurs. Lui qui en diirgea la rédaction de 1974 à 1977 en est et en restera, au fond, le directeur perpétuel.

Dans les coulisses de l'Académie française

Interrogé par Vincent Trémolet de Villers, il a d'abord parlé de son enfance, heureuse et solitaire, de fils de diplomate à qui la fréquence des changements de poste ne permit jamais d'aller à l'école avec d'autres enfants.

Puis de la naissance tardive de sa vocation d'écrivain. Et de ses débuts infructueux dans cette carrière. Heureusement, il n'a pas renoncé, et ses ouvrages peuplent aujourd'hui les bibliothèques pour la plus grande joie de ses lecteurs: Au plaisir de Dieu, Histoire du Juif errant,La Gloire de l'Empire, autant d'œuvres majeures qui lui valent aujourd'hui les honneurs de La Pléiade.

Jean d'Ormesson, quand il parlait de sa vie, racontait aussi l'histoire. Ses anecdotes étaient peuplées d'écrivains et d'hommes d'État. L'intimité qu'il livrait semblait être toujours liée aux plus grands événements et aux plus grandes figures.

Ainsi rencontra-t-il, jeune homme, Paul Valéry, qui faisait peu de cas des études et le félicita d'abandonner l'agrégation d'histoire, avant d'apprendre qu'il le faisait pour préparer celle de philosophie:
«C'est encore pire!» «Je crois en peu de choses, et je crois en Dieu, mais je ne sais pas s'il existe» Jean d'Ormesson

Ainsi racontait-il les coulisses de l'Académie française, où il fut élu en 1973 au fauteuil 12, celui de Jules Romains, et où il était fier d'avoir fait élire Marguerite Yourcenar, la première femme, en 1980.

Ainsi fut-il le dernier homme reçu par François Mitterrand, qui, au crépuscule de son mandat en 1995, appela auprès de lui l'écrivain pour une longue conversation. La passation de pouvoir avait lieu à 11 heures. À l'Élysée, on attendait l'arrivée de Jacques Chirac, le nouveau président, d'une minute à l'autre.

Ainsi fut-il élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur en 2014, par un François Hollande dont rien ne semble pouvoir émousser l'humour et qui lui demanda à cette occasion comment il parvenait à être aussi populaire.

«Je ne suis pas un véritable optimiste, mais je suis gai»

Jean d'Ormesson n'était pas un homme de pouvoir. Il confiait n'avoir jamais eu d'ambition politique et n'avoir ressenti le frisson de l'autorité qu'à son arrivée à la tête du Figaro en 1974, frisson qui s'estompa bientôt sous la charge et la complexité du travail. Alors que représentent pour lui l'Académie, la Légion d'honneur? «Autant de fleurs déposées sur la tombe de mon père», disait-il.

Et Dieu dans tout ça? «Je crois en peu de choses, et je crois en Dieu, mais je ne sais pas s'il existe. Après tout, pour les croyants, croire en Dieu, c'est l'espérer tellement fort que ça tient lieu de foi.» Il citait aussi la très belle formule d'un philosophe juif: «L'important, c'est Dieu, qu'il existe ou non.»

«Je ne suis pas un véritable optimiste, mais je suis gai. Il y a toujours des larmes, mais toujours de l'espérance.» Ce qui explique peut-être pourquoi son écriture est un permanent sourire du verbe. Jean d'Ormesson parlait comme il écrivait, par formules cristallines. Avec humour et délicatesse, il prenait toujours soin de son auditoire et s'assurait du plaisir de ceux qui l'écoutaient.

À la fin, la Salle Gaveau s'était levée pour une longue et émouvante standing ovation. Pendant plus d'une heure, l'écrivain a dédicacé son dernier livre, le précieux Guide des égarés (Gallimard). En sortant, tous reprenaient une formule dont Jean d'Ormesson fit un livre charmant: «C'était bien!»

Source Figaro.fr

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