Je suis celui qui a reçu les rescapés du massacre

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Je suis celui qui a reçu les rescapés du massacre de Charlie Hebdo

 

 

« Je suis Charlie : je soigne Charlie, des flics, des juifs, des musulmans. JE SOIGNE LA REPUBLIQUE ET LA LIBERTÉ. »

Dans la foule, un homme se tient debout, grave. Entre République et Nation, - les bien nommées, c’est le seul à porter une blouse blanche. On peut lire du côté de son cœur, que ce médecin travaille au CHU de Bicêtre. En ce dimanche 11 janvier 2015, il semble deux fois plus présent que d’autres et deux fois plus absent aussi...

Cet anesthésiste de 54 ans, non seulement habite à 100 m de Charlie Hebdo, mais autre coïncidence, c’est lui qui a reçu les rescapés du massacre de l’hebdomadaire satirique.

Il refuse de dire comment les survivants vont maintenant. Il est juste là pour témoigner dans le silence.

Il a écrit modestement qu’il soigne tout le monde. L’homme qui a vécu le drame au plus près de la vie et de la mort se réchauffe à la laïcité. Statique, il regarde dans le vide ; son témoignage muet et magnifique parle pour lui. Je lui laisse ma carte, car je souhaite lui envoyer mes petites photos.

J’ai attendu en vain. Son anonymat reste d’une telle force, qu’il fait pâlir toute forme de médiatisation.

À deux pas du passage du Président Hollande et des officiels, Valérie Trierweiler se tenait dans une foule pas du tout « Claudia Schiffer », les Femen ne se sont pas dévêtues, Kurdes et Turcs marchaient à deux pas les uns des autres, les enfants s’étaient mis à faire du Prévert de leurs crayons inventifs, Charlie devenait Chialer sur une pancarte, les « flics » avaient le même air grave que les endeuillés réunis.

Tous les visages étaient unis dans la douleur et le sourire. Chacun avait une raison d’être là : la lutte contre la déraison absolue. Le médecin et écrivain Rabelais avait raison : le rire est le propre de l’homme, la haine en serait donc la saleté. Décidemment, l’anesthésiste si discret à peine entrevu évoquait une humanité essentielle, loin, très loin des plateaux TV et des paillettes dominicales…

Henriette Chardak

 

 

 

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