Paul Claudel célèbre la renaissance d'Israël : "c’est Israël qui a accordé à Dieu l’incarnation"

Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Artistes, Culture, Israël - le - par .
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• Mais ce matin, n’oublions pas ceci :

« Faisant vie de tous ces morts qui l’obligent à s’avancer du côté de la vie ! Quel spectacle réservé à notre temps que tous ces morts, ces millions de morts, en la personne de leurs héritiers, entièrement, des pieds à la tête, entièrement revêtus de leurs cendres, comme confrontés au Saint-Sépulcre, comme convoqués par le Saint-Sépulcre ! (…)

Israël par sa seule force reprenant possession de la terre de ses pères, refoulant les occupants, reconnu comme une nation autonome par la communauté de tous les peuples ! (…)

Eh bien ! je me demande si Dieu n’a pas été prendre Israël par la main pour le ramener dans sa patrie, s’Il n’a pas été le chercher tout exprès pour le planter devant cette ruine irréparable et pour lui dire : Regarde ma maison en ruine ! (…)

Ce Jésus tout de même, que tu y consentes ou pas, qui illumine le monde, c’est du plus pur de ton sang, c’est du plus profond de tes entrailles, c’est du plus authentique de ton esprit et de ton verbe qu’il est issu, c’est à toi seul pendant les trois ans de son parcours ici-bas qu’il a reçu mission de s’adresser.

Et c’est maintenant le contact avec toi, dit-il, ce contact que tu t’es obstiné cruellement, si longtemps, à me refuser que les circonstances, voilà qu’elles t’obligent à le rétablir ! C’est à toi bon gré mal gré que voici confiée la garde de mon tombeau (…)

Sur combien de routes n’est-ce point que l’on M’a vu passer en procession ? Mais c’est chez toi qu’il Me faut demeurer, comme pour fixer le Verbe il n’y a que l’écriture. Tant pis pour Moi et tant pis pour toi ! Le moment est venu de gré ou de force qu’il n’y ait plus moyen que nous ne nous arrangions ensemble. (…)

Ici tu es chez toi. Il n’y a pas prescription. Il n’y a jamais eu un acte juridique, authentiquement valable pour te déposséder. (…)

Je te tirerai dans les liens d’Adam, je t’obtiendrai dans les liens d’Adam. Le moment du fruit est arrivé pour cet arbre souterrain qui multiplie ses racines jusqu’aux frontières de la terre promise et jusqu’aux confins de la nature humaine.

Israël, cette chair dont il a plu à Dieu à jamais de Se revêtir, c’est à toi qu’Il la doit, c’est toi, c’est toi seul qui la lui as donnée. Alors ? Alors est-ce que cela va durer indéfiniment de se méconnaître et de se haïr ? est-ce que cela va durer indéfiniment de haïr sa propre chair ?

C’est Israël qui a accordé à Dieu l’incarnation. »

PAUL  CLAUDEL, Une voix sur Israël, Brangues, 2 juin 1949.

Hag Sameah

Texte de Paul Claudel (1949) et son écho par Fabrice Hadjajd.

 

En 1949 Claudel veut célébrer la création de l’État d’Israël  : « Tout de même c’est arrivé  ! c’est arrivé sous nos yeux et cela sent encore, cela fume encore ! » Alors que les armées arabes et juive viennent à peine de cesser le feu, à un moment où l’on ne s’apitoie guère sur la tribulation de rescapés des « infatigables cheminées d’Auschwitz », Claudel évoque « ce perpétuel Mercredi des Cendres » dont « Israël a fait son habitation »  : « Je songe à ces flocons de suie humaine répartis par les quatre vents à tous les peuples d’Europe ».

Avec la franchise un peu rugueuse qui caractérise le grand poète, il évoque « la promesse à Abraham » et « Israël par sa seule force reprenant possession de la terre de ses pères, refoulant les occupants, reconnu comme une nation autonome » car : « Ici tu es chez toi. Il n’y a pas prescription. Il n’y a jamais eu un acte juridique pour te déposséder »

« Leur retour à la Terre promise n’a pas eu le caractère d’un accident, écrit-il, mais d’une nécessité. Il n’y avait pas d’alternative. » Et il cite l’Évangile  : Seigneur, où irions-nous ? « De nouveau il y a Israël debout sur l’antique pierre du pacte. »

Claudel applique à la seule véritable révolution du XXe siècle les mots-mêmes de saint Paul  : « Si leur perte a été la réconciliation du monde, que sera leur assomption, sinon la vie d’entre les morts  ? » Et c’est cela qu’il appelle « la vocation catholique d’Israël »  : « Implante-toi, Israël, dans la rectitude  : montre-nous, comme un piquet de fer, ce ciel où toute rédemption aboutit. »

Alors qu’une Europe démissionnaire, effrayée des conséquences de sa propre histoire, est prête à se débarrasser peut-être de tout ce qui a été jusqu’ici son existence et le charme de la vie sur cette terre, ces mots retentissent comme l’héritage, l’avertissement, la vérité et l’horizon du catholicisme français : « C’est Israël qui a accordé à Dieu l’incarnation ».

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