L'Alyah comme sur des roulettes : J'ai rendez-vous à la poste en Israël

Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Israël - le - par .
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Bref, je suis à la poste.

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La poste et moi ça fait 222.

J'ai pris rendez-vous sur l'applicacia (l'application) et pourtant, j'attends depuis 45 minutes, dehors pour cause de Corona.

Heureusement, ils ont engagé un shomer (gardien) à l'entrée qui gère la situation sereinement. Finalement, la poste n'a jamais été aussi calme et les gens aussi civilisés. J'adore le nouveau concept.

Le seul hic, si puis-je dire, est que je dois rester les yeux collés sur la vitre immonde (et c'est un faible mot) pour essayer d'entre-apercevoir les numéros qui défilent sur l'écran. Ça serait ballot que je rate mon tour pardi !

L'idée de désengorger la poste est une bonne mesure sanitaire. Le problème reste cependant entier, puisque les gens sont agglutinés sur le pas de la porte d'entrée pour, comme moi, checker leur tour sur l'écran.

Ici la colonne des A s'affiche à gauche de temps en temps seulement. Il faut pas rater son coup.

À mon arrivée, nous étions au numéro A 207, et depuis 45 minutes que j'attends, cette colonne n'est toujours pas passée à mon numéro, le A 208. Selon ce que l'on vient faire à la poste, on a un numéro correspondant. Il existe pas moins de 5 files d'attente (me demande si c'est pas plus d'ailleurs).

Toutefois, une poignée d'entre nous sont autorisés à entrer et heureusement franchement pour les femmes enceintes ou les mamans avec poussettes ou encore les personnes âgées. Même si en fin de compte, il y a pas mal de jeunes gaillards assis sous le "mazgan "(la climatisation).

Bé kitsou'h (sans transition), mon labrador Simba a toujours un succès fou, et l'asociale que je suis en public d'ordinaire doit taper la discussion avec tout le pays. Vous ai-je déjà dit que TLV était la ville des chiens ? Ici, quasiment tout le monde aime nos amis à quatre pattes.

Il fait 'ham (chaud) dehors, j'ai les gouttes de sueur qui coulent le long de mes jambes sous la jupe (pardon, c'est pas très élégant à révéler, mais ça vous donne une idée du niveau d'humidité ambiante), c'est vous dire. Inné (voilà) c'est mon tour. Je suis quand même allée me plaindre, une fois où deux, que ce n'est pas normal d'attendre 50 minutes quand on a pris rendez-vous. Le shomer (le gardien) a pu plaider en ma faveur. J'aime beaucoup décidément ce nouveau concept de shomer à la poste.

D'autant que ma copine m'attend sous l'olivier du Kikar Rabin.

À l'intérieur, toujours le même cirque, que j'adore modérément encore maintenant. Oui ça veut rien dire, mais ça traduit pourtant assez bien mon sentiment du moment.

Les filles sont assises derrière leur comptoir, une protection plastique de fortune les séparant du monde extérieur. La mienne m'accueille avec un café à la main et le téléphone de l'autre. Elle m'entend plus que m'écouter, et me coupe la parole de la main pour répondre à un message WhatsApp. Ein baya mami (pas de problème) chérie), je connais la chanson par coeur, et maintenant je sais même en fredonner l'air, sauf que mon éducation me poursuit et je ne me l'autorise jamais. Je travaille dessus.

Impossible de lui demander d'aller plus vite, elle prendrait la mouche, et j'en aurais pour une heure sans compter la douche froide qu'elle m'affligerait. Tout y passerait, ses conditions déplorables de travail, ses problèmes de boulot, sans compter ses tracas personnels, et si je me fais pas insulter au passage, alors je dois m'estimer heureuse (il y a bien du vécu bien sûr dans ma supposition).

En clair, je n'ai ni le temps, ni la force d'affronter les foudres de ses rancoeurs encore inexprimées depuis son petit déjeuner. La seule option qui se présente donc à moi est d'afficher un grand sourire, façon publicité Colgate.

Soudainement, je vois son faciès se déformer en une grimace effroyable. J'imagine déjà qu'elle ne comprend pas quelque chose sur son écran.  La voici du coup partir sans explication discuter avec une collègue à l'autre bout du comptoir. Au passage, elle rigole avec une autre fille qui n'hésite pas l'interpeller pour lui dire un mot en privé.

Finalement, la voilà qui me revient. Je maintiens la sourire Colgate en me disant qu'enfin peut-être, on tient le bon bout et que l'on va pouvoir conclure cette petite mascarade.

Et bien non, son téléphone sonne. Non, il n'est pas sur silence, pourquoi, il devrait ? Il retentit fort, suffisamment en tout cas pour tirer Simba de sa léthargie. Elle est magnanime, elle essaye de faire les deux choses en même temps, mais d'un seul coup d'un seul, le ton monte, et elle se lève sans même me regarder, puis s'éloigne de son poste de travail. Oy va voy (je n'ai pas de traduction pour cette expression, désolée) !!!. Derrière moi, le comptoir attribué aux colis me fait rêver. L'agent en charge assure. Les numéros défilent. Chez lui, tout semble facile. Les clients sont satisfaits du service express.

Ah, la voici qui revient à moi, à moins que ... non, c'est bon, elle s'assoit. Je n'attends pas d'excuses, vous vous en doutez bien. On essaye de reprendre parce qu'ayant été perturbée, elle a oublié la précédente information cruciale. Quelque peu contrariée, il est vrai, elle semble se défouler sur le clavier de son ordinateur. C'est ma chance, elle veut enfin expédier mon cas. Très concentrée, je découvre qu'elle n'a besoin de personne et surtout qu'elle est très efficace, quand elle le veut bien.

Je redouble de politesse pour la remercier et lui souhaite une belle journée et surtout bon courage. (En soi, je compatis à 10 000 %. Ca ne doit pas être rigolo tous les jours, j'en conviens.) Elle a déjà tourné la tête pour papoter avec sa collègue. Elle doit en avoir des choses à lui raconter après ce coup de téléphone Tempête.

Je jette un coup d'oeil à l'heure, je viens de passer 1h15 minutes à la poste avec rendez-vous je vous le rappelle. Je n'en reviens pas. Mais tout va bien. Qui est pressé d'abord dans ce pays ? Pourquoi s'énerver ? On ne peut que s'y habituer et accepter les règles du jeu culturel. Bon, ça demande quand même pas mal d'énergie et d'entraînement façon Rocky Balboa.

Parfois, il m'arrive tout de même de taper du poing sur la table, mais ça ne m'apporte pas toujours gain de cause. Il semblerait que dans ce rôle là, je ne sois pas très convaincante.  En revanche, quand je parviens à feindre les pleurs, alors là mes amis, c'est le gros lot. Mais c'est pas facile de pleurer sur demande, surtout quand vous avez envie de boxer à la place.

Ma soeur m'avait dit à mon arrivée en Israël, "c'est simple, si tu veux qu'on t'écoute ici, soit tu cries, soit tu pleures." Vous auriez vu ma tête en l'écoutant. Au début, j'en étais tout bonnement incapable, et puis, à force d'être transparente, et de me prendre des "non" à la pelle, j'ai essayé de mettre en pratique son précieux conseil. Mais ça ne s'improvise pas, cela requiert un entraînement quotidien, à moins que ça soit inné chez vous. Ici, ça a un nom, ça s'appelle faire sa "drama queen".

Toujours est-il que je me console en me disant que la poste c'est fait, et c'est déjà une chose que je peux rayer sur ma "to do list" du jour.

Bessorot Tovot

 

Hava Mélanie Oz

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