Israël, une terre pas toujours promise pour les clandestins africains

Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
       Israël, une terre pas toujours promise pour les clandestins africains

Article paru dans "L'Orient", le 11/09/07

Pour les clandestins africains, l’exil en Israël est une roulette russe qui peut déboucher sur un emploi bien rémunéré à Eilat, station touristique de la mer Rouge, ou sur un long séjour à la prison de Ketziot, au cœur du désert du Néguev (Sud).
Israël, pays à l’économie florissante aux portes de l’Afrique, est confronté à un afflux sans précédent d’immigrés clandestins venus du Soudan, d’Érythrée, d’Éthiopie ou de Côte d’Ivoire. L’État hébreu a en effet permis, temporairement, à quelques centaines d’immigrés soudanais, notamment du Darfour, de travailler dans des kibboutz (villages collectivistes) ou dans des stations balnéaires, comme celle d’Eilat, au bord de la mer Rouge, en manque de main-d’œuvre. Avec, à la clé, un salaire inespéré.

En Afrique, la nouvelle s’est propagée comme une traînée de poudre. Et pour la première fois, Israël doit faire face aux défis de l’immigration clandestine. Dans la prison de Ketziot, tentes et baraquements accueillent quelque 400 immigrés dans l’attente d’une décision. Certains obtiendront un permis de séjour ou le statut de réfugiés, d’autres seront reconduits à la frontière. Amadou Baldé, Ivoirien de 25 ans, ne comprend pas pourquoi il est enfermé. « Je ne suis pas un criminel, je veux juste travailler pour aider ma famille restée en Côte d’Ivoire », dit-il. Avec plusieurs de ses camarades, il a choisi l’État hébreu, plutôt que l’Espagne, l’Italie ou la France. Tous racontent la même histoire : après avoir payé entre 1 000 et 2 000 dollars leur périple à travers l’Afrique, ils ont été acheminés par des passeurs bédouins jusqu’à la frontière, longue de 200 km et mal sécurisée, qui sépare le Sinaï égyptien d’Israël.

Mais pour certains, l’expédition a abouti à la prison de Ketziot, où les femmes sont logées dans des préfabriqués climatisés, tandis que les hommes se contentent de tentes où la chaleur est insupportable. « Nous voulons rester ici car Israël respecte les droits de l’homme », explique William, qui a fui le conflit au Darfour. Un retour dans cette région signerait son arrêt de mort, jure-t-il. Ali, originaire du sud du Soudan, a eu plus de chance. Il a obtenu un travail au Royal Beach, un palace d’Eilat. « Je reçois 4 000 shekels par mois (970 dollars). J’ai un logement, ma femme et mes enfants sont en sécurité, j’espère qu’Israël va nous autoriser à rester ici », explique-t-il.

Les responsables de l’industrie touristique se réjouissent. « Ce sont de bons travailleurs. Ils sont motivés car ils ont besoin d’argent pour aider leurs familles. Ils prennent les places dont les Israéliens ne veulent pas », explique David Blum, directeur du personnel de la chaîne Isrotel, qui a embauché plus de 200 immigrés. L’ONU s’inquiète toutefois de la situation. « Israël est le seul pays occidental à avoir une frontière terrestre avec l’Afrique, des milliers de personnes veulent tenter leur chance », explique Miky Bavli, le directeur du Haut-commissariat pour les réfugiés en Israël (HCR). Mais, prévient-il, « si les 2 500 réfugiés actuels sont acceptés en Israël, des dizaines de milliers d’autres vont arriver et sans accord politique avec l’Égypte, on court à la catastrophe ». Le ministre israélien de l’Intérieur, Meïr Sheetrit, a proposé la semaine dernière de naturaliser quelques centaines de réfugiés du Darfour et d’expulser les autres vers l’Égypte.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi