Arrestation illégale à l’aéroport international Ben Gurion

Israël - le - par .
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Audrey Bomse, citoyenne des Etats-Unis, habite Jérusalem depuis 2001. Le 4 décembre 2008, elle rentrait chez elle après un voyage en Egypte. Les services de sécurité de l’aéroport international Ben Gurion lui ont refusé l’accès au territoire israélien et ont voulu l’expulser immédiatement en Egypte. Devant son refus, ils l’ont gardée quatre jours en prison dans des conditions très sévères. Je lui laisse la parole.

Dans mon passeport, il y avait une lettre du ministère de l’Intérieur disant que j’ai le droit de me déplacer en Israël en tant que touriste, sans limite de temps et sans visa de travail. J’ai donc un statut de touriste permanent. Ce statut inhabituel m’a été accordé parce que je suis Juive et que je ne veux pas avoir la citoyenneté israélienne. Le ministère de l’Intérieur avait conscience du fait que j’avais travaillé d’abord comme juriste pour une ONG britannique qui recrute des professionnels pour travailler en Palestine, puis pour le Consortium Italien de Solidarité, une ONG internationale composée de Palestiniens et d’Israéliens qui luttent préventivement contre la torture.

Ils m’ont eue totalement par surprise, car quelques semaines auparavant j’étais retournée en Israël depuis Chypre et je n’avais rencontré alors aucun problème pour rentrer. J’étais allée à Chypre pour participer au voyage de Free Gaza sur le Dignity. J’ai appelé mon avocate, Leah Tsemel, qui m’a dit qu’elle essaierait de s’opposer à l’expulsion le plus tôt possible, mais qu’elle ne pourrait vraisemblablement rien faire pendant le Shabbat. J’avais donc le choix entre (1) retourner au Caire et chercher à rentrer en Israël, et (2) me laisser emprisonner et lutter contre l’expulsion. J’ai pensé que ma position serait plus forte si je restais.

Les autorités m’ont transférée du bureau de contrôle des passeports à un bureau du ministère de l’Intérieur. Là, on m’a dit que j’avais violé les conditions de la lettre du ministère de l’Intérieur (qui ne contenait aucune condition) et qu’en conséquence, je serais expédiée au Caire par le prochain avion. J’ai répondu que je n’avais jamais été avisée que je violais les conditions de la lettre, ni la dernière fois que je suis rentrée en Israël, ni quand j’ai quitté Israël pour quelques jours de vacances en Egypte. De plus, j’avais sur moi un billet d’avion pour les Etats-Unis le 25 décembre.

Le fonctionnaire de l’immigration me dit que je partirais de gré ou de force. Sachant que mon avocate essayait d’empêcher l’expulsion, je lui répondis que je refusais de partir tant que la demande n’était pas faite. Et je lui dis que je voulais parler à un représentant du consulat des Etats-Unis.

Ils m’ont emmenée aux services de sécurité où j’ai subi une fouille au corps et où mes bagages ont été soigneusement fouillés. Une femme se présentant elle-même comme le chef de la sécurité m’a interrogée pendant environ 40 minutes. En feuilletant mon passeport, elle m’a demandé pourquoi j’étais allée en Egypte, en Jordanie et au Maroc. Je lui ai expliqué que c’était surtout pour faire du tourisme, mais que j’avais participé aussi à quelques réunions. Puis je lui ai demandé pourquoi elle ne me posait pas de questions sur la France, l’Espagne, la Suisse, le Royaume-Uni et le Mexique, qui étaient également sur mon passeport. Elle m’a demandé ce que j’allais faire à Gaza en 2003, quand je suis entrée par Erez. Elle voulait avoir des détails sur mon travail et sur mes amis (mais je ne lui en ai pas donné). Elle m’a demandé d’où venaient les cartes professionnelles qui étaient dans mon portefeuille et deux notices en arabe appelant à aider Gaza (on ne me les a jamais rendues).

Un fourgon m’a emmenée au centre de détention de l’aéroport. On m’a enfermée dans une petite cellule avec 3 autres femmes. L’une d’elles était une joueuse de basket noire venant des Etats-Unis dont l’entraîneur israélien n’avait pas rempli correctement les papiers.

On ne m’a jamais dit quels étaient mes droits en détention, mais il y avait dans le couloir une affiche où ils étaient inscrits (conformément à la loi) en anglais, en russe et en d’autres langues. Nous l’avons vue quand on nous a déplacées pour nettoyer la cellule. Je l’ai montrée à une Russe qui était enfermée avec nous, et nous avons demandé à voir nos consulats respectifs, à la consternation des policiers.

Le dimanche matin, on m’a dit de me préparer pour m’envoler au Caire. J’ai dit que je refusais de partir tant que je n’aurais pas parlé avec mon avocate et mon consulat. On m’a emmenée au bureau, où un fonctionnaire m’a dit qu’il venait de parler avec mon avocate, et qu’elle me conseillait de quitter le pays. Je lui ai dit que je voulais lui parler personnellement. Alors il a fait un numéro, puis a dit qu’il ne répondait pas. Il m’a fait attendre dehors, puis au bout de 10 minutes environ il m’a dit qu’on m’emmenait au ministère de l’Intérieur. J’ai donc quitté volontairement le centre de détention avec eux.

Mais ils m’avaient menti. Le fourgon m’a emmenée directement vers un avion d’Air Sinaï. J’ai refusé de monter sur la passerelle et j’ai été portée de force par deux énormes policiers aidés de deux plus petits, un devant et un derrière. L’équipage était égyptien. Je leur ai dit que ce qui se faisait là était illégal, que j’avais le droit de parler avec mon avocat et avec un représentant du consulat des Etats-Unis, et que je résisterais tant qu’on voudrait me faire asseoir dans l’avion. Le capitaine refusa de me prendre à son bord, si bien qu’on m’a remise dans le fourgon et reconduite au centre de détention.

Mais cette fois je n’ai pas été mise dans une cellule. Comme j’avais

insisté pour que mes droits soient respectés suivant la loi, on m’a punie en me jetant dans un cachot dégoûtant, puant, sans sanitaires, sans même du papier hygiénique. Juste un matelas en plastique sur un sommier métallique et une couverture sale. On n’a pas voulu m’apporter de quoi lire. On n’a pas voulu m’apporter de l’aspirine. J’ai passé toute la journée et la nuit de lundi à mardi dans ce petit cachot sordide.

Le matin suivant, on m’a dit que "le boss" voulait me parler, et j’ai été conduite dans son bureau, à l’étage au dessus. C’était pour me dire qu’il y avait un vol pour Le Caire à 10 heures et que je devais m’y trouver. J’ai répété que je refusais de quitter le pays et j’ai dit que j’avais le droit de parler avec mon avocate et avec un représentant de mon consulat. Il m’a accusé de mentir, parce que j’avais déjà parlé à mon avocate à l’aéroport (c’était le jour de mon arrivée, avant d’être arrêtée). Et pendant cinq minutes nous avons eu un violent affrontement. Je lui ai dit qu’ils avaient menti en me disant que mon avocate me conseillait de quitter le pays (je le savais puisque je lui avais parlé le jeudi), et en me disant qu’ils me conduisaient au bureau du ministère de l’Intérieur alors que le fourgon me menait à l’aéroport.

Le vacarme a fait sortir tout le monde dans le couloir pour voir ce qui se passait. Pour finir, il a dit que je détestais l’uniforme mais qu’il allait appeler mon avocate. Il a fait un numéro et m’a dit qu’il n’y avait pas de réponse. "Alors c’est bien, lui ai-je dit, je veux voir un représentant du consulat". Il a appelé le consulat, mais il m’a dit qu’il n’y avait pas de réponse non plus. (Il avait mis le haut-parleur et j’ai entendu un répondeur disant que c’était le consulat US et qu’il fallait faire le 2 pour l’hébreu. Ensuite je n’ai pas compris ce qu’il a dit mais je sais qu’il a laissé un numéro). Je lui ai dit que de toute façon je voulais voir un représentant du consulat, pas seulement lui parler, car je voulais qu’il (ou elle) voie de ses propres yeux les conditions de ma détention.

Nous avons fini par nous calmer, et il m’a dit que mon avocate pourrait me faire rester en Israël à condition d’allonger 20 000 shekels (environ 5 000 dollars). Je lui ai dit que ce n’était pas un problème, car j’avais un compte en banque à Jérusalem. Il m’a demandé où c’était, et quand je lui ai dit que c’était à la banque Hapoalim, rue Salahaddin, à Jérusalem Est, il s’est mis à rire en disant en hébreu quelque chose comme "aravim".

Je lui ai demandé si je pouvais appeler ma fille à Londres, car elle devait s’inquiéter à mon sujet. Il m’a répondu : "aucune chance". Je lui ai dit aussi que j’avais un traitement pour l’hypertension et que j’étais à court de médicaments. Il m’a dit que je ne devrais pas voyager sans avoir assez de médicaments. J’ai répondu que j’en avais une quantité suffisante en partant, mais que je n’avais pas prévu de rester quatre jours en prison. Ma vie dépendait donc de lui. "Si quelque chose m’arrive, ce sera de votre faute".

Ma détention s’est poursuivie encore quelques heures, parce que mon agence bancaire à Jérusalem était fermée et que l’agence de l’aéroport où je fus conduite sous escorte armée n’était pas capable d’approuver un retrait d’une telle importance. Mais il était évident que les services d’immigration n’avaient qu’une hâte, celle de se débarrasser de moi. Après avoir passé encore dix minutes dans le même cachot puant, on m’a dit que c’était arrangé avec mon avocate.

Finalement, on m’a reconduite à l’aéroport, rendu mon passeport et dit que je pouvais m’en aller. Je suis rentrée à Jérusalem, j’ai pris une douche chaude, j’ai bu un verre et je me suis sentie à nouveau presque humaine.

Mais il est clair que cette histoire n’est pas terminée. Je vais aller au consulat des Etats-Unis à Tel-Aviv, dont la juridiction s’étend à l’aéroport Ben Gurion, pour porter plainte et demander à l’Ambassade de saisir le gouvernement israélien pour protester contre (1) la violation de mes droits en tant qu’étrangère en détention ; et (2) la violation des droits des Etats-Unis en raison de l’empêchement d’avoir accès à un national en détention. Toute personne détenue par les autorités d’immigration doit être informée de son droit d’accès à son consulat dès le commencement de sa détention, ou au moins dès qu’il devient clair que la détention sera plus qu’un court instant. Et lorsque la personne détenue exige l’accès au consulat, les autorités d’immigration sont dans l’obligation de lui permettre d’établir ce contact. Israël a violé ce droit fondamental, de même que pour tant d’autres étrangers, Palestiniens notamment, maintenus en détention. L’impunité d’Israël dure depuis beaucoup trop longtemps.

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