Israël : une exposition raconte le sauvetage de Juifs du monde entier par le Mossad

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Israël : une exposition raconte le sauvetage de Juifs du monde entier par le Mossad

Le 12 mai 1956, pendant 25 minutes, il y a eu une bataille acharnée à Constantine, en Algérie.

C'était le seul incident de l'époque en Afrique du Nord et au Moyen-Orient dans lequel une communauté juive a été attaquée par un groupe armé organisé. Mais les Juifs étaient prêts et ont riposté.

Avec l'aide d'agents du Mossad et de conseillers comme Ibrahim Barzilai - une légende qui a été à l'origine de l'arrivée en Israël de quelque 80 000 Juifs de pays étrangers pendant près de 60 ans de carrière dans le renseignement - les Juifs ont non seulement évité un massacre, mais ils ont gagné.

Dans un entretien qu'il a récemment donné au Jerusalem Post, au Centre du patrimoine et de la commémoration du renseignement israélien, Mr Barzilai a expliqué en détail cette bataille et les multiples incidents au cours desquels lui et le Mossad ont fait passer clandestinement en Israël non seulement des individus, mais des communautés juives entières qui étaient en danger.

Au moment où Ibrahim Barzilai s'adressait au journal, l'IICC passait à la vitesse supérieure pour organiser une grande exposition de 250 mètres carrés consacrée au récit des histoires d'agents des services de renseignements israéliens sauvant des Juifs.

Le thème central de l'exposition, qui est toujours en phase collaboration, sera dirigé par Yochi Erlich - une ancienne élève de l'IDF Intelligence qui gère de nombreux projets de l'IICC – et se nommera "See you in Jerusalem".

Elle soulignera que l'État juif est le seul endroit au monde à « confier à la communauté du renseignement la tâche d’emmener dans un autre pays des groupes importants d'un secteur particulier de la population pour les sauver de la persécution par le biais d’opérations dangereuses secrètes.

Mme Erlich a dit que l'exposition décrira comment la mission spéciale remonte à David Ben-Gurion.

L'exposition mettra en vedette d'anciens responsables du renseignement et du gouvernement en tant que guides touristiques, des aspects interactifs et actualisés de haute technologie et des postes de travail pour mieux raconter l'histoire des Juifs et des divers pays dont ils sont originaires, l’Europe, l’Asie, l’Afrique du Nord et l’Ethiopie.

Décrivant plus en détail l'exposition, Mme Erlich a déclaré que les histoires aborderont des questions telles que "qu'est-ce qui cause la détresse et les problèmes des communautés ? Pourquoi des mesures extrêmes étaient-elles nécessaires ? Quels étaient les dangers ? " Et ce sera généralement une fenêtre sur ces communautés de l'époque.

Mme Erlich a ajouté que "malheureusement, la persécution des Juifs n'est pas seulement une réalité du passé. C'est toujours d’actualité."

Selon Ibrahim Barzilai, le Mossad a sauvé des Juifs à l'étranger - de l'Afrique du Nord à l'Irak en passant par la Syrie et l'Éthiopie après la fondation de l'État (il y avait aussi des Juifs qui ont été sauvés avant) - avec le premier ministre de l'époque Moshe Sharett au début du milieu des années 50.

La question s’est posée lorsque des mouvements nationalistes ont pris racine dans un certain nombre de pays alors que des affrontements entre les civilisations se multipliaient avec ce qui était considéré comme l'Occident colonial.

Sharett se demandait ce qui arriverait lorsque ces mouvements nationalistes remarqueraient de nouveau les communautés juives parmi eux avec une protection moindre des puissances coloniales.

Il a demandé au chef du Mossad de l'époque, Isser Harel, d'examiner la question.

Harel a choisi Shlomo Havilio (qui a servi comme commandant des forces israéliennes à Jérusalem pendant la guerre d'indépendance de 1948, mais qui est mort il y a deux ans) pour servir en tant que tête du Mossad.

Barzilai a dit que les ordres de Havilio étaient d'aller "en Afrique du Nord dans trois pays et d'obtenir des réponses à trois questions : 1) Les Juifs locaux se sentent-ils en danger ? 2) Veulent-ils l'aide d'Israël ? 3) Y a-t-il suffisamment de ressources humaines juives pour établir une opération de transfert des juifs ?

Pendant trois mois en 1954, Havilio fait le tour des pays, jusqu'à ce qu'on lui réponde "oui" aux trois questions.

C'est à ce moment que Barzilai est entré en scène.

Il fut l'un des 20 agents du Mossad recrutés à la fin de 1955 et au début de 1956 pour former et organiser les communautés juives locales dans chaque pays afin de mettre au point des machines permettant d'amener un grand nombre d'entre eux en Israël.

Barzilai a dit que tous les agents du Mossad étaient mariés et envoyés en couple pour vivre dans les communautés de Constantine, Marrakech, Casablanca, Tanger, Alger, Oran et Tunis.

Bien qu'il ait maintenant 93 ans, Barzilai a une mémoire étonnante pour les détails.

Il semble toujours être une force indomptable de la nature, avançant avec son charme caractéristique et faisant preuve d'auto-dérision.

De toute évidence, il se délecte aussi à raconter l'incroyable période historique qu'il a vécue et qu'il a contribué à façonner.

En 2016, il a reçu le prix du Mossad pour l'ensemble de sa carrière des mains de Yossi Cohen, directeur du Mossad, et du président Reuven Rivlin.

CONSTANTINE, ALGÉRIE, 1899. Cinquante-sept ans plus tard, en 1956, ce serait le théâtre d’une bataille brève mais cruciale pour les Juifs de la région. (Crédit: Wikimedia Commons)

CONSTANTINE, ALGÉRIE, 1899. Cinquante-sept ans plus tard, en 1956, ce serait le théâtre d’une bataille brève mais cruciale pour les Juifs de la région. (Crédit: Wikimedia Commons)

Bien qu'il ait officiellement pris sa retraite en 1995, il n'a jamais vraiment raccroché ses crampons.

Depuis qu'il a pris sa retraite, il a continué à faire du bénévolat pour le Mossad à divers titres, plus récemment en enseignant aux jeunes recrues et en partageant sa sagesse et son expérience avec elles.

Pour revenir à l'histoire de Constantin, Barzilai a déclaré que la résistance victorieuse des Juifs n'est venue qu'après des pogroms antérieurs, dont un massacre de deux jours de 40 Juifs.

Les agresseurs ont également volé 12 millions de francs à la communauté juive pendant le pogrom.

Dans cette atmosphère, Barzilai marchait tout le temps avec un couteau dans sa manche et un pistolet calé sous l'aisselle, tandis que sa femme dissimulait une grenade que le Mossad lui avait appris à utiliser en situation de crise, même si elle n'était pas un agent officiel.

Outre Constantine, il y avait environ 600 000 Juifs en Afrique du Nord, mais 300 000 au Maroc, la plus grande communauté juive du monde arabe.

Comme on pouvait s'y attendre, Barzilai était profondément impliqué dans la lutte pour faire sortir les Juifs du Maroc.

La question est devenue plus pressante en 1957, lorsque le Maroc a officiellement fermé l'alya légale à Israël, alors que 12 000 Juifs attendaient de partir.

Harel rencontra alors Shlomo Zalman Shragai de l'Agence juive, et tous deux décidèrent que le travail sur l'augmentation de l'alya du Maroc serait complètement transféré au Mossad.

Soudain, Barzilai s’est animé. L'Aliyah du Maroc était "l'une des choses les plus merveilleuses qui se sont produites", a-t-il dit, riant avec fierté du nombre impressionnant de Juifs amenés en Israël.

Il a dit que le Mossad avait mis en place deux laboratoires à plein temps pour fabriquer un grand nombre de faux passeports.

Une fois les Juifs marocains arrivés sur le territoire espagnol, ils seraient légalement en Espagne et pourraient faire l'alya en Israël.

Des Juifs ont également été introduits clandestinement en France via l'Algérie, qui était encore officiellement française à l'époque.

Il a ajouté qu'une grande partie du succès était due à une relation qu'une femme religieuse sioniste nommée Yehudit avait tissée avec le consul de France.

Né en Hollande, Yehudit parlait quatre langues et elle a découvert que le consul était un grand fan des écrits philosophiques de Martin Buber.

"Huit cent à mille Juifs sont sortis du Maroc grâce à leurs discussions philosophiques au sujet de Buber ", s'exclame Barzilai.

Il a expliqué que lui-même et ceux qui travaillaient avec lui se rendraient dans la province de Ouarzazate, dans le centre-sud du Maroc, une région située au milieu d'un plateau dénudé au sud des montagnes de l'Atlas, isolé du reste du pays, plus développé.

Cette région était si isolée, remarqua Barzillaï, que ni les Romains ni aucun autre empire ne l’avaient jamais conquise, et ainsi l'architecture unique vieille de plusieurs siècles était intacte.

A la frontière du désert du Sahara, le mode de vie à Ouarzazate était un retour à un âge oublié, prenant soin des ânes et d'autres animaux, a-t-il expliqué.

Néanmoins, ils ont pu atteindre ces zones avec des bus pour faire sortir les Juifs du pays, après les avoir préparés aux défis auxquels ils pourraient être confrontés à la frontière.

Parfois, le Mossad réussissait à faire passer les Juifs par les gardes-frontières marocains, mais souvent il soudoyait les fonctionnaires à la frontière qui pouvaient savoir quels passeports et documents de voyage étaient falsifiés.

Toutes les missions n'ont pas été couronnées de succès.

Barzilai a parlé d'un agent nommé Rafael qui a été arrêté, torturé et tué malgré les efforts entrepris pour le libérer.

Le tournant majeur fut pris en 1961, lorsque le navire Egoz, qui faisait sortir clandestinement des Juifs du Maroc, coula avec l'agent Hayim Tzarfati.

S'arrêtant soudainement, Barzilai confie, sombre, que 14 fois le navire avait réussi à faire sortir des Juifs en contrebande, mais que la seule fois où il a coulé, cela a changé les règles du jeu.

"Il y avait des cris indignés de partout : « les Juifs ont-ils besoin de couler pour quitter le Maroc?!"

Il a ajouté que l'incident a provoqué une pression internationale qui a culminé avec l'acceptation par le Maroc de laisser les Juifs quitter le pays ouvertement, si Israël les payait.

Selon certaines informations, le 27 novembre 1961, après qu'Israël eut payé 500 000 dollars par l'intermédiaire du Mossad, le chef de la sécurité nationale marocaine aurait signé le premier "passeport collectif" permettant aux Juifs de quitter légalement le pays.

C'était le début de l'opération Yachin. Les chiffres varient, mais entre 50 et 200 dollars par tête ont été transférés sur les comptes bancaires suisses des dirigeants marocains, certains estimant le coût total à plusieurs centaines de millions de dollars.

En fin de compte, entre 1962 et 1964, le Mossad a réussi à amener quelque 100 000 Juifs marocains en Israël.

D'autres héros du Mossad et des services de renseignements israéliens ont aidé les Juifs à se rendre en Israël. Certains d’entre eux figureront dans la nouvelle exposition, et d'autres participeront à la narration.

Nina Fattal, 73 ans, est l'une de ces anciennes responsables du renseignement. Elle est moins célèbre que Barzilai, et préfère que cela reste ainsi, refusant de parler de la plupart de ses propres aventures en l’absence de l’équipe au complet.

Cependant, elle a été dans le renseignement pendant des décennies et a également une perspective assez unique sur le Mossad et le sauvetage des Juifs, car elle est la fille d'un agent de renseignement israélien pré-Mossad, Nissim Louzia.

Elle est plus à l'aise de raconter les histoires de son père - dont certaines sont liées au thème de la nouvelle exposition et d'autres à d'autres types d'opérations de renseignement - que les siennes.

Elle a cité comment son père avait été emprisonné trois fois en Syrie. Une fois, c'était après la découverte par les Syriens qu'il avait un frère qui était allé vivre dans un kibboutz en Israël.

Cette fois-là, dit-elle, il a été libéré en utilisant les liens qu'il avait avec la France pour que les Français lui envoient un avocat important qui l'a aidé à s'en sortir.

Mais la troisième fois, en 1948, avait une histoire très distincte parce qu'elle impliquait aussi le célèbre agent de renseignement israélien Akiva Feinstein.

Feinstein, qui parlait arabe, a été arrêté et emmené dans la cellule de la prison où son père était détenu, et le gardien de la prison a dit aux prisonniers arabes : "Voici un nouveau sioniste pour vous"...

Nina Fattal a dit qu'un groupe de voyous arabes a convergé vers Feinstein, qui leur a dit dans un arabe parfait : "Si vous avez de la dignité, attaquez-vous à moi un par un."

Elle a raconté la manière dont ils avaient obéi à sa demande et comment Feinstein les a presque tous envoyés au tapis, jusqu'à ce que le dernier se rasseye sans le défier.

Nina Fattal, née en Syrie en 1946, a déménagé avec son père et sa famille au Liban, quelque temps après la libération de son père.

Le plan consistait à ce que sa famille vienne en Israël par roulement, mais cela n'a pas entièrement fonctionné.

Bien que Nina soit arrivée avec succès en Israël en 1953, son frère aîné et sa sœur, alors âgés respectivement de neuf et dix ans, ont essayé de se rendre en bateau du Liban en Israël avec sa grand-mère en 1949.

Tous sont morts avant d'atteindre Israël.

Elle a fait remarquer avec tristesse que Ben-Gourion "a donné l'ordre de ne rien publier au sujet de sa famille ou des Juifs qui déménageaient du Liban en Israël ". Une  grande partie de l'histoire de sa famille a été classifiée pendant des décennies.

Cependant, elle a dit que son père avait participé à de nombreuses opérations et à des pourparlers dirigés par l'agent de renseignement israélien Aryeh Shalev (qui allait devenir un haut responsable du renseignement militaire des FDI pendant la guerre de Yom Kippour en 1973) avec le Liban pour faire des échanges de prisonniers de guerre.

Nina elle-même avait rejoint les services de renseignement des FDI et était devenue officier en 1967. Marchant dans les pas de son père et de Feinstein, un jour de 1967, elle se préparait pour le service, quand on a frappé à la porte de la maison familiale.

C'était encore Feinstein, qui avait été nommé gouverneur du Golan, pour faire appel à son père.

Nina Fattal lui a expliqué qu'il devait attendre, parce que son père, qui était religieux, était en train de prier avec ses tefillin. Une scène comique de signaux manuels entre les deux agents principaux du renseignement s’en est suivie parce que son père ne pouvait pas parler avant que ses prières soient terminées.

Le père de Nina n'était pas le seul autre membre de sa famille impliqué dans les renseignements israéliens. Revenant sur le thème de la migration des Juifs en Israël, elle a déclaré que son oncle, David Louzia, avait travaillé sur cette question conjointement avec le diplomate et homme politique Eliyahu Sasson.

En mars 1937, David Louzia déclara à Sasson qu'avec seulement 500 lires (une monnaie utilisée en Syrie et dans d'autres pays), il pouvait découvrir quels villages juifs allaient bientôt être la cible des diverses forces arabes.

Nina a pris un ton espiègle et a demandé : "Comment mon oncle a-t-il pu obtenir cette information ?"

Elle a expliqué que la clé de l'information était Fawzi al-Qawuqji, qui allait plus tard devenir le commandant de terrain de l'Armée de libération arabe.

Son père avait mis sur pied une cellule secrète en Syrie. L'armée française était toujours en Syrie, et son père fabriquait des uniformes français, notamment pour la milice de Qawuqji et éventuellement l'armée syrienne.

Son père s’est rendu à Qawuqji, et lui a dit : "Je vais vous vendre des uniformes à bas prix, mais sans coursier de bas niveau. Je veux les livrer en personne." Qawuqji a envoyé son émissaire personnel de haut rang pour s'occuper de la question.

Le père de Nina a raconté à l’émissaire une série de blagues et en cours de route, profitant du fait qu’il s’était un peu détendu, l'a amené à révéler passivement le nombre de soldats de Qawuqji, le moment où ils allaient attaquer les villages juifs et l'endroit où ils allaient attaquer.

L'émissaire ne savait même pas qu'il divulguait des informations cruciales à des espions israéliens.

Après avoir partagé toutes ces histoires fascinantes, Nina Fattal a reconnu qu'il n'est pas toujours facile de faire partie de la famille des légendes du renseignement israélien, avec des membres de la famille morts en essayant d'atteidre Israël. Elle a dit "qu'elle a été élevée différemment à cause de l'ampleur de la douleur ressentie par ses parents" par la perte de deux de leurs enfants et de sa grand-mère.

Elle a ajouté qu'à ce jour, elle s'inquiète encore plus que la moyenne lorsque les membres de sa famille voyagent, par exemple lorsque ses petits-enfants ont visité l’Inde ou l’Amérique du Sud.

Du côté positif, elle a dit : "Nous sommes devenus forts et nous ne nous briserons pas."

De plus, elle croit que ces expériences ont amélioré sa mémoire et son attention aux détails.

Nina Fattal est l'une des guides touristiques de l'IICC qui était auparavant dans le renseignement. Elle est très impliquée dans le nouveau projet d'Erlich pour une exposition visant à aider les Juifs à fuir les pays étrangers vers Israël.

Elle a décrit le mouvement Maccabi comme aidant à faire sortir les Juifs de Hongrie et a raconté l'histoire d'un groupe français d'écoliers organisés pour se couvrir et les emmener en Israël.

De plus, elle attribue à Hehalutz, à la Histadrut, au Keren Kayemeth et à d'autres organisations travaillant avec les Juifs à l'étranger le mérite d'avoir contribué à cet effort.

Barzilai, Fattal et Erlich espèrent tous que la nouvelle exposition donnera vie à ces histoires et à celles de leurs collègues agents pour la nouvelle génération.

Source : Jpost

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