Israël : transsexualité et vie religieuse, la souffrance d'une femme

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Israël: Natalie s'est suicidée un an après avoir entamé un processus de changement de sexe

Natalie Weissberg est née il y a 26 ans sous le nom de Nachman et a grandi dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem. Elle s'est mariée deux fois et a eu une fille. Lorsqu'elle n'a plus pu supporter sa vie d'homme, elle a entamé un processus de changement de sexe en dépit des nombreuses difficultés et de l'ostracisme de la communauté. Il y a quelques mois, elle a raconté l'histoire de sa vie à Avi Shoshan, porte-parole de l'hôpital Ichilov. Le week-end dernier, elle s'est suicidée. 

Voici son troublant témoignage:

Natalie Weisberg était assise dans le cabinet du docteur Iris Yaish, à l'Institut d’endocrinologie, au dernier étage de la tour Arison, recroquevillée et honteuse. Vêtue d'un t-shirt rose moulant, d'une jupe courte et près du corps laissant apparaître ses longues jambes et de sandales roses à lanières de cuir s’enroulant autour de ses chevilles, elle pressait ses cuisses maigres l’une contre l’autre, ses cheveux blonds et raides tombant comme des baguettes sur ses épaules, son corps frêle très agité.

Elle avait l'habitude de rester assise tranquillement, de prendre son traitement médical, avec seulement deux mots à la bouche: "Désolée" et "Merci". Aujourd’hui, elle brise le silence et raconte son histoire.

Êtes-vous sûre d'être prête à vous révéler au grand jour?

"Oui, c'est important qu'ils sachent", murmura-t-elle en baissant la tête.

Un long moment passa. Elle leva la tête et dit: "Vous êtes prêts pour cela, parce que ce n'est pas une histoire facile."

Nous avons acquiescé. Près de 1 000 patients subissent un processus de changement de sexe à l'hôpital Ichilov. Nous pensions avoir déjà tout entendu.

"La première fois que j'ai senti que j'étais différente, c'était à l'âge de six ans", se souvient-elle, "A ma naissance, on m’a nommée Nachman et j'ai grandi à Mea She'arim dans la Hassidout de Breslev avec des parents âgés qui avaient fait Téchouva, et ma sœur.

"Je volais les vêtements de ma sœur et je m’enfermais dans la salle de bain pendant des heures. Elle ne comprenait pas où ils disparaissaient tout le temps. Je l'enviais, elle et ses amies, et je voulais être avec elles. Etre comme elles.

Vos parents ont-ils remarqué?

"Je les cachais bien et je me suis aussi rendue compte très vite que je ne pouvais rien espérer de mes parents."

Que voulez-vous dire?

"A cet âge là précisément, six ans, j’ai été violée pour la première fois. C’était deux voisins qui m’ont enfermée chez eux. Quand ils m'ont relâchée et que je suis remontée dans notre appartement, j'ai raconté à ma mère ce qui s'était passé mais elle n'a rien fait. Peu de temps après la mort subite de mon père, ma vie a changé, et empiré. "

J'ai peur de demander.

"Par où commencer. L'ouvrier du quartier chez qui j’allais manger parce que maman avait cessé de cuisiner et qui m'a vu comme son dessert ? Ou l'homme au mikveh? C’est si courant que c’est même inutile de développer. "

Il n'y avait personne pour vous aider?

Je suis devenu un robot et j’ai fait ce que les Rabbanim m’ont dit. Quand j'avais 16 ans, ma mère est revenue de chez le Rav et m'a dit qu'il avait décidé que je devrais me marier. On m’a trouvé une jeune fille plus âgée que moi d’une année. Nous nous sommes rencontrés une fois pendant une heure et la fois d’après, c’était sous la Houppa. Personne ne m’a demandé comment je me sentais et si je voulais vraiment me marier.

Combien de temps cela a-t-il duré?

"Un an et demi. Jusqu’au jour du mariage, je ne savais pas comment on faisait des enfants. Je ne ressentais rien pour mon épouse. Je ne savais rien d'elle, elle ne m’attirait pas. Nous n’avons pas consommé le mariage et elle a demandé le divorce. Avant l'âge de 18 ans, j'étais déjà divorcé. "

Et pourtant, vous vous êtes mariée à nouveau.

"Un an et demi après mon divorce, je n'avais que 20 ans et le rabbin a décidé de me remarier. Ils ont trouvé une fille de 21 ans qui était considérée comme moins religieuse et il nous a mis en relation. Dès le premier rendez-vous, nous avons tous les deux refusé le mariage, mais nous sommes restés en contact. Je lui envoyais un message chaque vendredi avec des paroles de Torah. Finalement, nous avons décidé de nous donner une chance. Je me suis retrouvée une nouvelle fois sous la Houppa avec un costume noir et un chapeau comme un magnifique marié."

Le processus de changement de sexe m'a fait ressentir quelque chose que je ne connaissais pas du tout. Natalie, de mémoire bénie

"Le processus de changement de sexe m'a fait ressentir quelque chose que je ne connaissais pas du tout". Natalie, de mémoire bénie

N'aviez-vous pas l'impression d'être injuste avec elle ?

J’avais envie d’hurler mais qui m’aurait entendue ? Je suis allée chez le Rav qui m'a envoyé chez un sexologue pour que je puisse avoir des relations sexuelles même si je n’en avais pas envie. Il m’a examinée et m’a dit que j’en étais capable.  J’évitais mon épouse, cela me dégoûtait. Pourtant j’y suis parvenue et peu de temps après, elle est tombée enceinte et je suis devenu parent d’une jolie petite fille. "

On dit que chaque enfant apporte avec lui sa bénédiction.

Je n’avais pas une seconde à moi. A un très jeune âge, j’ai travaillé pour faire vivre ma famille. J’ai vécu des moments difficiles. Nous avons quitté Mea She'arim pour vivre dans un moshav et j'ai commencé à respirer de l'air frais et à voir des espaces verts. Pour la première fois de ma vie, j'ai commencé à me détendre, à penser à moi-même et à cesser d’être un zombie. J'ai entamé une thérapie."

Et qu'avez-vous appris au cours de cette thérapie?

"J'ai osé dire pour la première fois de ma vie que j’étais attirée par les hommes et que j’étais une femme. Dans le monde dans lequel je vivais, c'était ce qu’il y avait de pire et le psychologue m'a dit que si je me sentais comme ça depuis 20 ans, cela ne disparaîtrait pas et que je devais m’accepter ainsi."

Vous avez commencé le processus immédiatement?

"Pendant un an, j'ai essayé de vivre dans le mensonge et j'en suis même arrivé à me punir moi-même."

Vous êtes-vous fait du mal?

"Je suis une ancienne orthodoxe, j'ai fait ce que je savais faire : je priais et je demandais l'aide de Dieu. En voiture, je récitais cent fois:" Tu es un homme". Je lisais le verset : "Un homme ne portera pas le vêtement d'une femme" des centaines de fois par jour. Il va de soit que cela n’a pas aidé. Ma femme a également estimé qu'il n'y avait aucun progrès et a demandé une thérapie de couple.

"Ce n’est que lors du 10è rendez que j’ai réussi à exprimer que je pensais être une femme et non un homme. Les thérapeutes ont dit à ma femme que le problème venait de moi et qu’il n’y avait rien à faire. Nous nous sommes séparés en bons termes. Aujourd'hui, nous sommes de bonnes amies et elle élève notre fille de manière parfaite. "

Quelle a été la première chose que vous ayez faite après votre départ de la maison?

"Je suis allé demander conseil à un Rav, et il m'a dit que je n'avais aucune sainteté. Il m'a dit clairement que je n’avais aucune part dans ce monde ni dans le monde à venir."

Et quelle a été la seconde ?

Finalement, j'ai réussi à trouver trois rabbins orthodoxes qui m'ont donné leur bénédiction pour mon processus de changement de sexe. Vous voyez, je ne peux pas me lever un matin et dire: 'Je me fiche de Dieu et des rabbins. C'était ma vie jusqu'à très récemment et c'est en moi. Mais je me suis rendue à Ichilov et j’ai lancé la procédure de changement de sexe. C’était important. "

Vous êtes en processus depuis huit mois. Cela vous a-t-il rendu plus heureuse?

"Le processus de changement de sexe m'a fait ressentir quelque chose dont je ne soupçonnais pas l’existence. Je commence à comprendre qui je suis et ce que je suis et ce n'est pas simple parce que j'ai vécu tellement de choses dans ma vie. Je découvre des couches de ma personnalité et je m'identifie à mes désirs.

Aujourd'hui, je peux dire que je commence enfin à comprendre que je peux être heureuse et j'espère que j'y arriverai vivante. Il est impossible de digérer ce changement en un jour, mais désormais, je vois la lumière au bout du tunnel et je commence à comprendre ce qu’est le plaisir de la vie. C'est un mot que je ne connaissais même pas. "

Ce n'est pas une histoire facile.

"Je pense que la raconter fait partie de mon processus de guérison. Sortir, sachant que peut-être tout le monde le sait. Je suis toujours sous pression à chaque rencontre avec des connaissances du passé, et cela mettra fin à tout cela. Aujourd'hui, je me concentre sur moi-même et sur ma fille. Heureusement, sa mère me soutient et c’est la chose la plus importante pour moi car sans cela, je ne sais pas si j’aurais pu y arriver.

De quoi voudriez-vous que les lecteurs se souviennent?

"J'ai eu une vie difficile et maintenant, avec le processus de changement de sexe, elle ne devient pas nécessairement plus facile, alors je leur demande de ne pas nous regarder comme des êtres étranges ou déviants. Nous sommes des êtres humains avec des sentiments et des désirs. Croyez-moi, nous avons tellement traversé de choses avant d’atteindre ce stade de changement physique. Soutenez-nous. C'est tout ce dont nous avons besoin. "

Source : Ynet

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