Israël : 26 lettres intimes retrouvées de Stefan Sweig à Bat-Yam

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26 lettres intimes retrouvés de Stefan Sweig

Elles étaient restées cachées jusqu'à ce jour. Vingt-six lettres et cartes postales écrites de la main de l'auteur de La confusion des sentiments ont été retrouvées. Offertes à la Bibliothèque nationale d'Israël, elles montrent le romancier, qui n'a jamais eu d'enfant, sous un jour très paternel.

Stefan Zweig

Stefan Zweig

Il s'agit incontestablement d'une découverte rare. Hannah Jacobson, habitante de Bat Yam au sud de Tel Aviv sur la Méditerranée, a retrouvé le 28 novembre dans ses archives familiales un lot de lettres écrites de la main de Stefan Sweig. La femme aujourd'hui âgée de 90 ans en a fait don à la Bibliothèque nationale d'Israël.

Ces missives avaient été envoyées au beau-père d'Hannah Jacobson, Hans Rosenkranz. Ce dernier avait seulement 16 ans lorsqu'il écrivit et reçut une réponse de Zweig, âgé alors de 40 ans et au sommet de la gloire littéraire qui devait se prolonger avec des œuvres comme Le Monde d'hier et des nouvelles comme Le Joueur d'échecs mais aussi les biographies de Fouché ou de Marie-Antoinette.

Cette correspondance, commencée en 1921, durera près de douze ans. Elle révèle le caractère paternel inattendu du célèbre écrivain autrichien inquiet du sort des juifs en Europe.
Le monde universitaire n'avait jusqu'à présent pratiquement eu aucun accès à ces missives entre Zweig et Rosenkranz, indique à l'AFP Stefan Litt, archiviste chargé du fonds Zweig à la Bibliothèque nationale. «C'est vraiment une découverte, pas seulement pour les chercheurs, mais pour l'ensemble du public», explique-t-il. La Bibliothèque nationale devrait prochainement numériser ces échanges et les poster sur son site.
Hans et Stefan se sont rencontrés deux fois

Dans ses premières lettres, l'auteur de La Confusion des sentiments dispense à Rosenkranz ses conseils sur la façon de faire face à la vie en tant que jeune juif en Allemagne. «Le juif doit être fier de sa judaïté, et s'en glorifier sans pour autant tirer vanité des réussites du peuple juif», écrit Zweig. L'intellectuel était un pacifiste qui se considérait comme un citoyen du monde et non un sioniste, ce courant œuvrant à l'établissement d'un État national juif en Palestine.

Dans une autre lettre, Zweig décourage le jeune homme d'immigrer en Palestine, alors sous mandat britannique, là où l'État d'Israël devait voir le jour en 1948, et lui recommande d'apprendre les langues étrangères. «Qui sait, peut-être l'atmosphère deviendra-t-elle si étouffante en Allemagne et en Europe que l'esprit libre ne pourra plus y respirer», écrit Zweig prophétique.
Zweig n'a jamais eu d'enfant

Dans un autre courrier, Zweig loue Theodor Herzl, grande figure du sionisme moderne, qui «lui permettait de publier des écrits littéraires dans la Neue Freie Presse», le journal où Herzl œuvrait lui-même, indique Stefan Litt. Au-delà du contenu des lettres, le seul fait de leur existence en dit long sur l'écrivain. «Ce qui est frappant ici, c'est que l'écrivain a pris le temps de répondre à ce jeune homme, qui, après tout, n'avait que 16 ans quand il a écrit à Zweig», déclare l'archiviste. Les deux correspondants se sont rencontrés deux fois.

Au fil des années, Zweig conseille Rosenkranz professionnellement. Ce dernier est devenu éditeur en Allemagne avant de se marier, puis d'émigrer en Palestine en 1933. Il a combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, divorcé, changé son nom pour celui de Chai Ataron et travaillé comme journaliste pour les quotidiens israéliens Haaretz et Jerusalem Post. Avant de se suicider en 1956. Une singulière similitude avec son mentor qui mit fin à ses jours en 1942 au Brésil, où il avait fini par s'installer après avoir fui le nazisme en 1934.

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