Holocauste: les vengeurs juifs de la Shoah

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les vengeurs juifs de la Shoah

En Europe à   la fin de la Seconde Guerre mondiale, une cinquantaine de jeunes Juifs, hommes et femmes, décident de se faire justice en empoisonnant des prisonniers allemands. Récit d’une vengeance.

Lorsque l’historienne Dina Porat a commencé à s’intéresser à leur histoire, onze d’entre eux étaient encore en vie. Ils lui ont ouvert leur cœur et leurs journaux intimes, lui ont transmis des notes, des lettres, toutes sortes de papiers jaunis écrits en polonais, en lituanien, en allemand, en russe, en yiddish ou en hébreu, et qu’ils n’avaient pour certains jamais montrés à personne. Puis ils lui ont tout raconté, conscients du fait que c’était leur dernière chance de se confier. Aujourd’hui, ils ne sont plus que quatre. Le plus jeune a 95 ans.

L’historienne a passé ces dernières années à sillonner le pays à la recherche de documents relatant les activités du groupe Nakama [“vengeance” en hébreu].

Fondé par Abba Kovner [l’un des chefs de l’insurrection du ghetto de Vilnius] après la fin de la guerre, ce groupe était composé d’une cinquantaine d’hommes et de femmes déterminés à assassiner 6 millions d’Allemands pour se venger de la Shoah. De leur point de vue, il n’était besoin ni d’avertissement, ni d’arrestation, ni de procès. Ils ne souhaitaient qu’appliquer la loi du talion : œil pour œil, dent pour dent.

Des appels à la vengeance contre les Allemands s’étaient déjà fait entendre pendant la guerre. Dès la fin de l’année 1942, alors que l’on commençait à mesurer l’ampleur de l’Holocauste, de nombreux articles et tribunes publiés dans des journaux hébreux en Palestine réclamaient “vengeance contre les criminels de guerre”. Yitzhak Zuckerman, un des initiateurs du soulèvement du ghetto de Varsovie, déclarera plus tard :
“Je ne connaissais pas un seul Juif qui n’était pas obsédé par l’idée de vengeance.”

C’est dans ce climat que le groupe de Kovner commence à prendre forme.
Ses membres, âgés d’une vingtaine d’années, sortaient des ghettos, des maquis, des camps et de leurs cachettes, tous marqués par une tragédie personnelle. Ils s’organisent à Lublin, la première grande ville libérée en Pologne.

Poète et résistant, Kovner est un orateur de talent qui sait trouver les mots pour les galvaniser. Ils se mettent en route durant l’été 1945.

Dotés de faux papiers d’identité, ils sont envoyés se mêler à la population allemande. Leur objectif : empoisonner le réseau de distribution d’eau d’une ville ou les rations de pain distribués aux prisonniers de guerre allemands détenus dans des camps. Leurs cibles : Nuremberg et Munich. Joseph Harmat est responsable des opérations à Nuremberg, ville hautement symbolique du régime nazi. Sous ses ordres, Wilek Shinar se fait engager dans le centre de distribution d’eau potable de la ville.

Du poison dissimulé dans des tubes de dentifrice

Kovner est chargé de leur apporter le poison, mais il s’attarde en Palestine et ce n’est qu’en décembre 1945 qu’il embarque pour l’Europe. Déguisé en soldat de retour de permission, il racontera avoir reçu de ses amis de la Haganah (embryon de la future armée israélienne) des doses de poison dissimulées dans des tubes de dentifrice et de crème à raser.

Sur le bateau toutefois, ses faux papiers éveillent les soupçons des agents britanniques, qui procèdent à son arrestation. Les doses de poison sont jetées par-dessus bord. Pendant sa détention, ses camarades justiciers qui l’attendent en Europe décident de passer au plan B : empoisonner le pain destiné aux prisonniers de guerre allemands. Le plan prévoit une opération simultanée contre les camps de détention de Nuremberg et de Dachau en avril 1946.

Intoxication alimentaire

Leibke Distel s’est fait embaucher dans une boulangerie de Nuremberg qui approvisionne le camp de prisonniers voisin. Dissimulant les bouteilles de poison sous son manteau, il les introduit dans la boulangerie et les cache sous une latte de parquet.

Un soir, alors que les autres employés sont partis, il sort les bouteilles de poison pendant que ses camarades émergent de grands paniers à pain dans lesquels ils s’étaient cachés. Ensemble, ils badigeonnent de poison près de 3 000 miches de pain et s’embrassent de joie une fois leur travail terminé.

Quelques jours plus tard, l’agence de presse AP indique que 2 000 prisonniers ont souffert d’intoxication alimentaire, certains étant même dans un état grave. Toutefois, au grand regret des empoisonneurs, aucune mort n’est à déplorer. Que s’est-il donc passé ? D’après Porat et le témoignage des anciens “justiciers”, il y aurait eu un “problème au niveau de la substance chimique”.

Opération annulée

Pendant ce temps, un autre groupe placé sous la tutelle de Simcha Rotem, un des héros de la révolte du ghetto de Varsovie, se prépare à empoisonner les pains destinés aux prisonniers allemands détenus dans le camp de concentration de Dachau. Au fil de plusieurs mois de préparation, les agents du groupe ont sympathisé avec des Polonais employés dans la boulangerie visée. Kazhik a même profité d’un moment d’ivresse du responsable de la boulangerie pour lui subtiliser ses clés, en faire un double et les remettre en place avant qu’il n’ait pu dessoûler. Mais, alors qu’ils attendent le poison pour le répandre sur les pains, les comploteurs sont informés que l’opération est annulée.

Ces échecs étaient-ils délibérés, certains responsables – peut-être Kovner lui-même – se rendant peut-être compte que les “justiciers” allaient trop loin ? Les intéressés n’ont pas de réponse à offrir. L’historienne souligne cependant que :

“la plupart des Juifs ont préféré emprunter une voie positive plutôt que celle de la vengeance. En construisant un pays, en fondant des communautés et des familles.”

Elle y voit un mérite à porter au crédit du peuple juif. En dépit de tout ce qu’ils ont subi, la vaste majorité a choisi la vie.”

 

Source Le courrier International et Haaret'z

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