Histoire juive : Le collectionneur de Efrat Soulam - chapitre I -

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Le collectionneur de Efrat Soulam , illustration David Soulam

Le collectionneur

Les archives de Florence n’ont jamais fait mention du héros de cette histoire. Seule Inbar a eu le privilège de le connaître.

Efrat Soulam

Chapitre 1

 Quelque part en Espagne vivait Isaac de Manzana. Ses ancêtres, à la recherche d'une terre d'accueil, s'étaient installés dans la région de Salamanque. Là, ils cultivaient des champs de pommiers et s'adonnaient à la teinture de soie.

'Haïm, l'arrière-grand-père d'Isaac, avait un jour décidé d'abandonner champs, pommes et pommiers pour s'installer aux abords d'une ville commerçante. Loin de la nature, il avait ouvert un négoce de tissu et continuait la teinture.

Isaac et son père, Emmanuel, vivaient de cette affaire florissante. Les deux se partageaient les tâches. Isaac voyageait à la recherche de tissus précieux. Emmanuel continuait d'utiliser les recettes familiales de teinture. Il améliorait les jaunes dorés et les orangés en additionnant des graines d'Avignon à de l'alun, ou encore de la garance, ce qui ajoutait une valeur inestimable aux soieries. De plus il s'occupait de la vente en Espagne et à l'étranger.

On pouvait voir Isaac à la halle aux draps de Gand ou à Cambrai, à la recherche des dernières laines ou toiles de lin. Les routes d’Europe n'avaient pas de secret pour lui et celles qui menaient en Turquie, en Perse et aux Indes non plus. De ces lointains pays, il ramenait de chatoyants taffetas au pli cassant, des satins doux et luisants, des crêpes mats aux fils de soie si tordus qu’ils donnent de la lourdeur aux plis. Il réservait ses plus belles pièces aux cours royales où, recherchées et convoitées par toutes les grandes dames, elles étaient vendues avant même son arrivée.

Un jour de l’année 1494, alors qu’il se trouvait à Toulouse, une des villes du triangle d'or du pastel, Isaac reçut une étrange dépêche. Il reconnut l’écriture. C’était celle de son père. Emmanuel lui demandait de continuer la route vers Venise et vers Smyrne où une importante commande de marchandise l’attendait. A la fin de la lettre il précisait qu’il en allait du renom de la maison. Soucieux, Isaac, regarda le ciel gris et associa l’orage qui se préparait au contenu du message.

Jamais son père ne lui avait demandé de retarder son retour. Surtout après six mois d’absence. Sa famille lui manquait. Il savait sa femme enceinte. De voyage en voyage, il voyait combien ses enfants grandissaient. A chaque retour, Isaac remarquait leur timidité à son égard. Cela le peinait. Il accomplissait un périple qui le privait des siens et sentait parfois la vie défiler sans lui. Des pensées de toutes sortes l’assaillirent. Las, il monta dans sa chambre remettant au lendemain l’itinéraire de sa prochaine expédition et la rédaction de son courrier.

Efrat Soulam Illustré par David Soulam

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