Histoire juive : Le Collectionneur de Efrat Soulam -Chapitre VI-

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Histoire Juive , Le Collectionneur de Efrat Soulam illustration David Soulam

Chapitre 6

Un jour de décembre 1526, alors qu’il était âgé de soixante ans, les ambitions du sultan moghol Bābur, bloquèrent Isaac à Firouzabad pendant de longs mois. Les soldats de Bābur se battaient jusque dans les rues de la ville. Ce ne fut que lorsque la victoire des Moghols fut annoncée certaine, que le calme fut rétabli. Isaac avait trouvé refuge chez un vieil ami de la famille. Une fois les routes de nouveau sûres et les derniers marchés conclus, il s’apprêta à regagner l’Italie.

Isaac remercia chaleureusement son hôte mais celui-ci ne le laissa reprendre la route qu’après lui avoir fait promettre d’assister à une fête d’adieu qu’il comptait organiser en son honneur. Au cours du long festin où se succédèrent les plats à base de riz fumant, de boulettes de mouton et de volaille, son hôte se leva, remercia le Ciel d’avoir pu héberger un tel ami, et, s’adressant à Isaac à la lueur des torches, il dit quelques mots et lui remit un cadeau :

-J’ai bien connu ton père, ton grand-père, ton arrière-grand-père, et j’ai toujours éprouvé le plus grand respect à leur égard. Je sais ce que tu as passé. Je sais aussi que la souffrance est toujours dans ton cœur. Pour cette raison, je te donne un présent, que tu es le seul à mériter, à mes yeux. Mais je te le donne à deux conditions. La première est que tu ne l’ouvres que lorsque tu seras chez toi, seul au milieu de tes objets. La seconde est que tu t’engages, à léguer ta collection à la ville de Florence que tu aimes tant. Si tu ne réussissais pas à faire en sorte que ta ville soit ton unique légataire, ce serait moi alors qui hériterais de toute la collection. Mes cavaliers sauront quand se mettre en route. Je pense que c’est la dernière fois que nous nous rencontrons, sache que je t’apprécie beaucoup et que mes pensées t’accompagneront toujours. Retourne en paix vers la ville qui a su ranimer une petite lueur d’espoir au fond de ton cœur.

Isaac était pensif. Il se remémorait les paroles du vieillard. Le voyage du retour lui sembla long, plus long que de coutume. Peut-être vieillissait-il ? Une fois à Florence et avant d’ouvrir le mystérieux présent, il s’empressa d’aller rendre visite à son notaire afin de régler au plus vite la succession de la collection. Hélas, lorsqu’il lui eut expliqué le but de sa visite, l’homme de loi lui dit que le legs de sa collection à la ville était impossible. A cette époque, seul un prince ou un riche seigneur pouvait hériter d’une collection au nom de la ville. Et c’était dans le meilleur des cas. Celles-ci étaient le plus souvent pillées, après la mort du collectionneur ou de l’artiste. Cette situation ne convenait pas à Isaac de Manzana. Il décida donc de léguer ses trésors au seigneur de Firouzabad. Après tout, ne lui devait-il pas ses plus belles pièces ? Il était, de plus, la seule personne ayant un lien avec son passé et celui de ses ancêtres.
Auteure : Efrat Soulam
Illustrateur : David Soulam 

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