Histoire juive : Le Collectionneur de Efrat Soulam - Chapitre IV-

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Le collectionneur de Efrat Soulam histoire juive

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Il choisit de s’établir à Florence. Située dans la vallée de l’Arno, au milieu de collines de cyprès et d’oliviers, elle semblait sortir d’un rêve. Florence était un centre artistique important et Isaac aimait les beaux objets. C’était aussi la ville de la laine et de la soie, et Isaac était avant tout un homme de négoce. La soie grège d’Asie et les longs écheveaux de laines lustrées d’Ecosse arrivaient à Florence pour être traitées. Grâce à une technique tenue secrète, les teinturiers florentins parvenaient à donner les nuances les plus variées à leurs soieries. Ils importaient leurs marchandises des ports de Livourne et de Pise.

Que les Juifs de Florence aient été expulsés cinq ans auparavant ne semblait pas trop le préoccuper. La politique est si changeante. Elle a ce pouvoir de porter aux nues un homme et de le déchoir le lendemain. Il connaissait le danger d'être un homme public, reconnu et respecté pour son argent. Sa famille en avait fait la triste expérience. Désormais il pressentait le danger et s'en était fait un allié en décidant de devenir invisible et de ne s’attacher à rien. L’essentiel à ses yeux était qu’au moment de son installation Florence fût une république libre et un centre artistique influent.

L'effervescence artistique qui y régnait était particulière. Tous les projets donnaient lieu à des concours et devenaient des affaires publiques. Les citoyens, fiers de participer à la construction de leur ville, étaient invités à donner leur avis et l'on pouvait voir à toute heure de la journée des groupes discuter devant un bâtiment ou sur un terrain vague, imaginant un nouveau projet. Les grandes familles, les banquiers, les marchands passaient commandes auprès des architectes, des peintres, des sculpteurs et des artisans.

La reprise de contact avec la succursale de Hollande fut son premier pas vers une activité parmi les hommes. Il annonça son retour à ses comptoirs et les informa que désormais les affaires se traiteraient à partir de Florence. De ces quelques mois d'exil il avait gardé une façon de s'exprimer un peu rude, et un visage éteint.

Avant de s'installer officiellement, Isaac régularisa sa situation. A Florence, les institutions communales reposaient sur l’organisation des arts, c’est-à-dire sur les corporations de métiers. Par mesure de sécurité et pour avoir la paix, il choisit d'appartenir à la corporation la plus importante dans la ville : celle des marchands. Comme il était dans les textiles, il se fit admettre dans la corporation de la soie et de la laine. Et lorsque cette dernière demanda à Michel-Ange une statue représentant le roi David, Isaac prit part au financement du projet. David, en tant que roi d’Israël, devait inciter les Florentins à défendre leurs institutions et leur liberté.

Il acquit une demeure en dehors des murs de la ville. Accrochée au flanc d’une colline, elle comprenait trente pièces et dominait un long jardin en pente. Un couple âgé de sourds-muets gardait la demeure. La femme avait pour tâche de préparer les repas de son maître lorsqu’il était présent.

Auteure Efrat Soulam

Illustrée par David Soulam

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