Histoire juive : Le Collectionneur de Efrat Soulam- Chapitre III -

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Le Collectionneur de Efrat Soulam

Chapitre 3

Isaac ne pouvait plus vivre parmi les hommes. Pour apprivoiser sa peine, il devait apaiser le tumulte de ses pensées, réapprendre à respirer seul.

C'était la fin de l'été. Muni de provisions et d'habits chauds, il prit la route en direction du lac de Côme.

En inspectant la région, il trouva une grotte où il installa un tronc d'arbre, qu'il transforma en lit. L'entrée de la grotte était cachée par un rideau de végétation. A l'aide de branchages, il tressa un grillage afin d'obstruer l'accès à la grotte. L'automne fut l'époque des provisions de nourriture, des réserves de bouts de bois et de brindilles. Aux parois de la grotte, il avait accroché des peaux d'animaux. Le ciel et les nuages poussés par le vent n'avaient plus de secrets pour lui.

L'hiver venu, quand les éclairs et le tonnerre se déchaînaient, il sortait de sa grotte pour leur crier son tourment. Il hurlait : Pourquoi ? Pourquoi sa femme, pourquoi ses enfants, pourquoi ses parents…

Après l'orage, la pluie tombait abondante, sans réponse, et le silence revenait. Au printemps, la curiosité le poussa à contempler la lente ouverture des bourgeons sous la rosée du matin. C'était un miracle après tant de pluie. Il aimait s'allonger sur le lichen lorsqu'il sortait de l'eau. Il fixait les rayons du soleil, filtrés par les branches et les feuilles naissantes.

Il vécut là, des jours et des mois. Un matin, il poussa sa promenade à la lisière de la forêt et là, à quelques pas de lui, il aperçut des hommes qui braconnaient. Il s’approcha d’eux sans être vu et écouta leur conversation. La mélodie de leurs voix l'émut. Ça ne ressemblait pas au murmure des feuilles caressées par le vent, ni au pépiement des oiseaux. Ça possédait de la magie. Des mots, des phrases. Des mondes à reconquérir si cela était encore possible.

L'épisode se répéta à plusieurs reprises et il admit que cela lui manquait. Entendre des voix le mena à écouter ce qui se disait. Ainsi il fut vite au courant de ce qui se passait dehors. Lentement il esquissa le désir de quitter la forêt. Il s'imagina aller vers les hommes, voir d'autres contrées, toucher des étoffes, se nourrir autrement. Et, un matin, il prit la route qui le mena en Toscane où il décida de s’établir.

Auteure Efrat Soulam 
Illustration David Soulam 
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