Etre rabbin sur les plages de Normandie 75 ans après le Jour-J

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Etre rabbin sur les plages de Normandie 75 ans après le Jour J

Il y a exactement 75 ans, la Normandie était le théâtre de l'une des plus grandes invasions militaires jamais organisées. Toujours connu sous le nom de Jour J, le 6 juin 1944 marqua le tournant de la Seconde Guerre mondiale, au cours duquel 156 000 soldats américains, britanniques et canadiens prirent d'assaut 80 kilomètres de plages farouchement défendues dans le nord de la France.

La semaine dernière, le président américain Donald Trump a présidé une foule de cérémonies qui ont commémoré le 75e anniversaire du débarquement.

Parmi les personnes présentes figureront le rabbin Mordechai Lewin et son épouse Zlata, co-directeurs du centre Chabad-Lubavitch (Beit Chabad) de Caen depuis 2014.

Dans une interview accordée à Chabad.org, le rabbin Lewin partage ce que représente le fait d’officier en tant que seul rabbin le long des plages baignées de sang et de bravoure.

"Pour commencer, pouvez-vous nous parler un peu de la communauté juive locale"

La Normandie est une vaste région desservie par cinq couples Chabad, chacun dans une communauté différente. Ma femme et moi sommes à Caen, qui se trouve sur la côte, le site du débarquement du Jour J.

Historiquement, la communauté juive était composée d’ashkénaze, originaires d'Alsace, berceau du judaïsme français au Moyen Âge. La plupart d'entre eux sont décédés ou sont partis depuis, et la communauté actuelle, forte d'une centaine de personnes, est composée d'immigrants séfarades d'Algérie et de leurs descendants.

Écrire des lettres dans un sefer Torah au musée militaire local de la Seconde Guerre mondiale. Crédit: Chabad.org/News.

Écrire des lettres dans un sefer Torah au musée militaire local de la Seconde Guerre mondiale. Crédit: Chabad.org/News.

Il y a une synagogue ici avec des offices chaque Shabbat. Notre Beit Chabad sert de centre pour les cours, les événements communautaires, les programmes pour les femmes, la restauration casher et les activités pour les enfants. Nous gérons une petite école pour les enfants de toute la Normandie et un centre aéré Gan Israël, où nous attendons 50 enfants cet été.

"Qui d'autre aidez-vous ?"

Caen accueille 30 000 étudiants répartis entre quatre universités publiques et 20 écoles privées reconnues. Bien sûr, il y a des étudiants juifs parmi eux, et nous intervenons sur le campus pour eux.

Et puis il y a les touristes. Caen compte des dizaines de musées, de monuments commémoratifs et de programmes éducatifs consacrés au jour J qui attirent des visiteurs juifs du monde entier.

Peu après notre arrivée, nous avons mis en place un centre de restauration casher afin que les groupes juifs puissent venir ici et profiter pleinement de l'expérience juive. Avec le temps, nous nous sommes davantage renseignés sur l'histoire du lieu, et nous offrons maintenant nos propres circuits de visite.

Nous avons commencé avec des groupes de synagogues et des clubs seniors, et nous nous sommes depuis élargis pour inclure aussi des groupes scolaires.

"Montrer au public le site de tant de morts et de destruction, cela vous fait quoi ?"

R : En fait, c'est assez touchant. Peu importe combien de fois je vois et dis la même chose, cela me frappe à nouveau. C’étaient des jeunes hommes - des garçons, vraiment - qui ont parcouru 12 000 km depuis chez eux et qui se sont volontairement mis en grand danger pour le bien commun. Juifs ou non-juifs, ils ont tous risqué leur vie.

Sachant pertinemment qu'ils pourraient être faits prisonniers de guerre, de nombreux soldats juifs ont choisi de conserver leur identité juive et d’emporter avec eux leurs siddurim (livres de prières) et leurs tefillin.

Des élèves prennent part à une leçon d'histoire. Crédit: Chabad.org/News.

Des élèves prennent part à une leçon d'histoire. Crédit: Chabad.org/News.

Nous avons une collection d'artefacts que nous partageons avec les visiteurs, notamment un siddur qu'un soldat américain a emporté avec lui pendant le débarquement.

"Que pouvez-vous dire de plus sur le siddur ? Comment l’avez-vous eu ?"

Je l'ai reçu du rabbin Shmuel Lewin, le rabbin Chabad de Deauville. Il y avait là un bâtiment abandonné qui était autrefois un hôpital militaire pour les troupes alliées. Ils rénovaient le bâtiment, et les ouvriers ont trouvé le siddur. Reconnaissant qu'il s'agissait d'un artefact juif, ils l'ont donné au rabbin, qui me l'a transmis.

Vous pouvez voir que le soldat avait marqué les pages de Tefilat Haderech (Prière du voyageur) et Havdalah, qui marque la fin du Shabbat.

"Un dernier mot pour les lecteurs ?"

Même si nous célébrons le passé, nous nous concentrons également sur le présent. Les Baté Chabad de Normandie sont en train d'écrire un tout nouveau Sefer Torah en mémoire des soldats qui sont morts ici. Nous avons écrit des lettres de ce parchemin dans de nombreux endroits importants, y compris dans un bunker nazi et des cimetières. Chaque fois qu'un grand groupe vient en visite, nous amenons un sofer ("scribe") pour écrire une autre lettre dans la Torah avec eux, les inscrivant littéralement dans l'histoire.

La Torah est une entité vivante, et le peuple juif est sémillant et florissant. Quand les Juifs de Caen et nos invités étudient la Torah et suivent le texte de la Torah, nous devenons un testament vivant de la nature éternelle de notre peuple. Hitler est venu et s’en est allé, mais avec l'aide de Dieu, le peuple juif vivra éternellement".

Source : jns.org

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