Emirats Arabes Unis : derrière la vitrine de l’ouverture, un antisémitisme grandissant

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Méfions nous de l'appel à la paix des émirats arabes unis une mascarade

La mosquée Cheikh Zayed à Abou Dhabi © Tim Rooke /

La mosquée Cheikh Zayed à Abou Dhabi © Tim Rooke /

Alors que les Emirats Arabes Unis sont souvent présentés dans l’opinion occidentale comme un pays sûr, libéral et adepte d’un islam ouvert, la réalité semble bien plus sombre.

En plus du tournant autoritaire entrepris par le régime des Emirats Arabes Unis, un ordre moral sévère est en train de s’imposer dans une société qui reste majoritairement conservatrice malgré la vitrine de Dubaï. L’antisémitisme est bien présent dans un pays qui souffle le chaud et le froid dans ses relations avec Israël.

L’essentialisation du juif présenté comme ennemi héréditaire


Plusieurs leaders d’opinion populaires aux Emirats Arabes Unis sont les auteurs de tweets et de vidéos notoirement antisémites. La démarche est souvent la même : derrière une vitrine officielle avenante et célébrant le dialogue des cultures en anglais, le discours est bien plus violent et tranchant en arabe.


Exemple avec deux personnalités, auteurs de propos antisémites inquiétants :
Très suivi sur Twitter où il dispose de plus de 320 000 followers, Rashid al-Nuaimi est un personnage clé du dispositif officiel de la riche fédération pour vendre à l’étranger son image de monarchie musulmane progressiste.

En avril 2018, il a lancé le Conseil mondial des communautés musulmanes (The World Muslim Communities Council – TWMCC) qui vise à répandre « la paix et l’esprit de tolérance » auprès des communautés musulmanes vivant dans les pays non musulmans, particulièrement en Occident.

Problème : l’homme n’a pas eu froid aux yeux quand il s’est agi d’affirmer dans ses tweets que
« malheureusement, on peut en Occident critiquer les religions et les prophètes mais mettre en doute la réalité de la Shoah est puni par la loi ».

Dans une autre déclaration mettant en avant les armes à brandir dans la lutte contre Israël, il rappelait que la meilleure d’entre elles consistait dans l’accroissement des naissances pour inverser le rapport de forces démographique.

L’islam de France contaminé
Autre fait troublant : ce sulfureux personnage s’est lié d’une grande amitié avec Mohamed Bechari – ancienne figure importante de l’islam de France et aujourd’hui établi à Abou Dhabi – pour amadouer une partie des musulmans de l’Hexagone. Insatiables et déterminés à prêcher la bonne parole de l’islam émirati à travers le monde, les deux compères se sont dernièrement rendus en Ouganda, en Russie ou en Nouvelle-Zélande afin de signer des partenariats, participer à des colloques et faire la promotion de leur organisation.

Selon certaines sources concordantes, Mohamed Bechari est en train de paver la route à Rashid al-Nuaïmi afin qu’il noyaute l’islam de France. Signe des temps : la grande mosquée d’Evry d’obédience marocaine lui a ouvert les portes pour un iftar1 au début du Ramadan et plusieurs acteurs indiquent que l’offensive émiratie auprès des musulmans de France en est à ses débuts avec plusieurs grandes mosquées qui auraient été approchées. Pas sûr que le ministère de l’Intérieur et des cultes accepte sans réagir l’intrusion d’agents au passé aussi lourd et au double discours minant le pacte républicain.

La haine du juif à l’écran


Autre personnage qui relaie les thèses les plus funestes de l’antisémitisme aux Emirats Arabes Unis : le télécoraniste Wassim Youssef.

D’origine jordanienne mais naturalisé émirati, ce dernier fait figure de star nationale à tel point que ses vidéos culminent à des millions de vues sur Youtube. Chantre d’un islam policé du « juste milieu » et proche de l’homme fort d’Abou Dhabi Mohamed ben Zayed (dit MBZ), celui qui se présente comme un prédicateur jeune et branché – il est âgé de 37 ans – n’hésite pourtant pas à relayer les pires poncifs d’un antisémitisme qu’il légitime à coups de sourates du Coran.

Pour lui, les juifs sont des êtres qui ne respectent aucune parole, prêts à toutes les trahisons pour faire triompher leur communauté. Poursuivant dans son triste élan, que ce soit à la télévision ou lors de ses causeries diffusées sur ses réseaux sociaux depuis la Grande mosquée Cheikh Zayed à Abou Dhabi, il a par le passé fait sienne l’interprétation d’un verset du Coran attestant que les juifs ont encouru la colère de Dieu.

Last but not least, leur trahison envers le Prophète Mahomet devrait pousser tous les musulmans du monde à s’en méfier et à se liguer pour que la malédiction divine s’abatte sur eux !

Propos antisémites de chefs religieux émiratis : un « nouvel islam » ouvert et tolérant… Vraiment ?

Si, au premier abord, les Emirats arabes unis ont affiché une réelle volonté d’inaugurer un islam nouveau, plus tolérant et plus ouvert, la réalité est plus complexe… Et mérite qu’on y jette un coup d’œil interrogateur.

Car ces dernières années, des propos antisémites scandaleux ont été formulés parmi les principaux chefs religieux des Emirats arabes unis qui sont, aussi, les autorités les plus influentes du pays, voire de la région du Golfe dans son intégralité.

Entre ceux-ci, il y a les propos tenus par Wasseem Youssef, Imam et Grand prédicateur dans la mosquée Cheikh Zayed – l’une des plus grandes au monde, avec une capacité d’accueil de 40 000 fidèles – ou encore ceux prononcés par Ali Rashid Al Nuaimi, président du Conseil mondial des communautés musulmanes à Abou Dhabi.

De quoi se poser des questions sur la profondeur du changement des mentalités, prôné par les EAU cette dernière décennie.

Et pourtant, les Emirats arabes unis avaient attiré l’attention internationale en inaugurant, en 2016, leur Ministère du Bonheur et celui de la Tolérance en 2016 à Abou Dhabi et, un an plus tard, de l’Institut international de la tolérance, organisant dès 2017 premier le Sommet mondial de la tolérance accueillant des chefs de gouvernement, des diplomates et des universitaires du monde entier…

Plusieurs initiatives impulsées par le Prince héritier et homme fort du régime, Mohammed Ben Zayed ben Sultan, qui souhaitait voir se dessiner l’avenir des EAU : un modèle intégré de tolérance et de coexistence entre les différentes religions dans le monde, autant des musulmans, que des chrétiens et des juifs qui, pour reprendre les termes du prédicateur Wasseem Youssef en 2014, « doivent coexister, comme ils l’ont toujours fait dans l’islam, et qui ose compromettre cela, compromet les principes même de la sunna (« loi, règle d’Allah ») ». 

Et pourtant, les discours tenus sont très différents les uns des autres et s’opposent même souvent. Ce double-discours est, en fait, assez courant au sein des élites religieuses musulmanes aux Émirats arabes unis et correspond à la pratique de la « taqîyya »,ou ce que l’on pourrait appeler « l’art de la dissimulation ». En bref, la « tâqiyya » est cette stratégie de duplicité – de double-discours donc – qui est utilisée par la même personne pour convaincre des destinataires divers… Voire complètement opposés. Tout cela pour plaire aux uns et autres en leur transmettant ce qu’ils auraient envie d’entendre…

C’est dans cette logique de la « tâqiyya », que le Grand prédicateur, Wasseem Youssef, l’un des principaux accompagnateurs de Mohammed ben Zayed dans la promotion de cet « islam nouveau » et connu pour ses interprétations de sourates du Coran, parfois de manière très progressiste (notamment sur la question des femmes, qui n’auraient pas comme « obligation » d’effectuer les tâches ménagères), a tenu toutefois des propos très antisémites, dans grand nombre de ses discours. Embêtant, quand on est censé défendre la tolérance et l’ouverture… Le 24 octobre 2017, par exemple,le Grand Prédicateur d’Abou Dhabi, en interprétant un verset de Al-Fatiha (sourate d’ouverture du Coran), s’est clairement attaqué aux juifs qui seraient, selon lui, « maudits par Allah » – ou, plus exactement, les juifs n’auraient pas compris le message que Dieu leur aurait envoyé – lequel ? – ce qui aurait provoqué sa colère.

Dans une autre déclaration, datant du 30 mai 2015, il insiste sur le fait que le « peuple juif cherche à faire du mal aux autres communautés, au point où il mériterait d’être appelé « l’allégorie du mal » »… Dans une vidéo postée sur YouTube, le 20 janvier 2019, l’utilisateur @bef4after a compilé des fragments de discours – très contradictoires ! – du prédicateur.

Ainsi, jusqu’à 00:33, on l’entend défendre les juifs et leur droit de vivre en paix aux Emirats arabes unis, et à partir de là jusqu’à 1:00, ce sont des propos antisémites qui sont formulés selon lesquels les « juifs ne doivent pas être acceptés. »

Et ce n’est pas mieux du côté de Ali Rashid Al Nuaimi, Président du Conseil mondial des communautés musulmanes à Abou Dhabi.Car celui qui avait accueilli, en 2017, le Sommet mondial de la Tolérance, qu’il avait inauguré en affirmant « qu’il existe un consensus international selon lequel les EAU sont le modèle idéal de tolérance et de coexistence pour les personnes de toutes les religions et les sectes du monde et où les gens vivent et travaillent en paix », a affiché, sur son compte Twitter de nombreuses déclarations antisémites.

Globalement, celles-ci s’articulent en un bel amalgame entre les juifs et les sionistes… Une confusion – volontaire ? – inquiétante pour l’une des autorités religieuses les plus écoutées aux Émirats arabes unis. Citons quelques unes de ces déclarations :

« Il y a un combat à mener contre les juifs en Palestine, en finançant les moujahidoun (combattants)… », « Je me réserve le droit de remettre en question l’Holocauste et à tenir des propos négationnistes », ou encore qu’ « Israël est prêt à tout pour attirer les juifs à Jérusalem »…

Quelque part aussi entre les lignes, on peut y lire une rivalité avec le Qatar, à remettre, bien sûr, dans le contexte de la crise actuelle.

Ainsi, dans certains de ses tweets, Ali Rashid Al Nuaimi accuse le Qatar de collaborer avec les sionistes pour influencer l’administration américaine en sa faveur… Une manière aussi de décrédibiliser l’islam tel que prôné par le régime qatari ou celui qu’il soutient, à savoir celui des Frères musulmans, que les EAU ont dans leur viseur.

Ainsi, quelque part, on retrouve un peu tout et son contraire. Des hommes qui défendent, à un moment, le droit des juifs à vivre en paix aux Emirats arabes unis, au même titre que les musulmans.

Mais aussi des hommes qui n’hésitent pas, dans d’autres de leurs discours, de se poser comme un rempart contre cette religion, un rempart qui prend souvent une dimension violente… Ces discours prennent d’autant plus d’ampleur qu’ils sont le fait d’hommes détenant une légitimité religieuse affirmée.

Ces propos antisémites, outre leur dimension scandaleuse, semblent aussi révéler le décalage qui existe entre le fond et la forme dans le système émirati.

Car si le système cherche à se doter d’une image nouvelle, celle d’une monarchie à la recherche d’ouverture avec un islam tolérant et celle d’un havre de paix où tous les hommes vivent égaux, il se heurte à une réalité bien moins progressiste… Celle-ci reste se caractérise par un islam plus fermé et moins prompt au changement, alors que plus ancré dans les mentalités émiraties, comme l’attestent ces double-discours.

 

 

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi