Interview de Ambre Bartok pour son livre : Les Goldman dans l'intimité des frères Goldman

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Jean-Jacques Goldman et son mystérieux frère Pierre

Les frères Goldman, dans l'intimité des frères Goldman de Ambre Bartok

Ambre Bartok : « On ne pose pas de questions sur Israël à Jean-Jacques Goldman, mais si c’était le cas, il répondrait à tout »

Par Sandrine Szwarc

La journaliste Ambre Bartok se frotte à deux personnalités en leur consacrant un ouvrage : Pierre Goldman dont la destinée a été fulgurante, nimbée par des ombres et son jeune frère Jean-Jacques Goldman, le musicien qu’on apprécie tous, chanteur lumineux aussi discret que talentueux.

Entretien avec Ambre Bartok, l’auteure « [D] es Goldman, dans l’intimité des frères Goldman», paru aux éditions Pygmalion.

– Vous constatez: «Écrire sur les Goldman, aucun problème. D’ailleurs un livre sur les frères, cela n’a jamais été fait, il n’était pas question de sortir Jean-Jacques de sa retraite, de révéler à ceux qui l’ignorent que Pierre a été assassiné, il s’agit de les célébrer tout simplement. Brosser leur portrait à travers leurs convictions, talents et inquiétudes ». Est-ce que tout est dit sur votre démarche ?

Ambre Bartok : Oui, tout. À mes yeux le génie les rassemble et cela n’avait jamais été dit ou écrit. Il y a eu beaucoup de livres sur Jean-Jacques et quelques-uns sur Pierre, mais on n’a jamais osé les rassembler dans un ouvrage, de peur, à mon avis, de fâcher Jean-Jacques, parce que, évidemment un assassinat dans une famille est une douleur. Peut-être que personne n’avait non plus pensé à écrire un tel livre.

– Est-ce que la discrétion de Jean-Jacques peut-être un frein quand on commence à travailler sur les Goldman ?

A.B. : Pour moi non, parce que je voulais vraiment me baser sur leurs écrits, sur leurs dires, sur leurs interviews, sur les photos, sur tout ce qui existait sur eux. Donc je n’ai pas eu besoin de le solliciter et cela n’a pas posé de problème pour moi.

– Il faut dire que ce n’est pas une biographie classique même s’il y a des références précises. C’est un ouvrage où, finalement, on vous devine en filigrane. Pourquoi ce choix d’écriture ?

A.B. : On était parti sur un document, un ouvrage très clair avec des dates et petit à petit, je me suis fondue dans le livre parce que je suis ashkénaze comme les Goldman. Il y a donc une compréhension intrinsèque de cette famille. Voilà pourquoi le document a muté en essai. C’est une analyse de leurs savoirs, de leurs inquiétudes, de leurs idéaux politiques, de leurs talents, etc., mais en effet pas du tout une biographie.

– En apparence, on pourrait imaginer que ces deux frères seraient l’avers et le revers d’une même médaille et finalement à vous lire, on trouve des points communs. Est-ce que ce serait le fait d’appartenir à l’intelligentsia juive, d’avoir un bon niveau culturel et intellectuel ?

A.B. : Oui bien sûr c’est une famille très cultivée, ils sont issus de la même souche, mais leurs craintes, au-delà de l’intelligentsia juive, leurs convictions, leurs idéaux sont juifs. Évidemment, c’est cela qui les rassemble. Leur relation à la mort, à la notoriété, à la littérature est identique. À mes yeux, ils sont vraiment des jumeaux d’âme.

– Un dénominateur commun pour les deux frères et pour vous l’auteure, c’est le fait d’être des juifs ashkénazes. Il est important de citer Jean-Jacques quand il dit : « Pour mes parents, un de leurs challenges fondamentaux était d’avoir des enfants très bien intégrés à la société française et parmi ces signes d’intégration, faire de la musique en faisait partie. »
Et Pierre, de son côté dit : « Les juifs sont le peuple de l’exil infini et sont également le peuple du Livre qui n’a jamais pris à la lettre la lettre du Livre. Les juifs sont le peuple de la fidélité absolue, absolument infidèles, de l’optimisme absolu, absolument pessimistes, des croyants absolus, absolument mécréants, le peuple du dogmatisme absolu,  absolument sceptiques. »Alors finalement, c’est la définition du juif ashkénaze !

A.B. : Exactement, je le dis en préambule de cette citation dans mon livre.  Je crois qu’on n’a jamais mieux dit sur les juifs ashkénazes que ce passage. J’ai été très saisie par la justesse de ces propos.

– Est-ce que vous pouvez dire un mot de la famille Goldman ?

A.B. : Albert a rencontré Janine, la mère de Pierre, pendant la guerre. Ils ont eu Pierre, hors mariage, non circoncis parce que la guerre et la Shoah.  Ensuite, ils se sont séparés, car la mère de Pierre était très résistante et n’était portée que par son désir de faire de la politique. Elle s’est relancée en politique en laissant Pierre à Albert, le père, qui a refait sa vie avec Ruth. Ils ont eu trois nouveaux enfants : Jean Jacques, Robert et Évelyne. Pierre est reconnu par la mère de Jean Jacques. Il n’a pas été élevé par sa mère naturelle, mais par Ruth, la mère de Jean Jacques.

– C’est une histoire de juifs ashkénazes typique, concernée par la Shoah, très française.Cette inscription de l’itinéraire des frères Goldman est liée à la fois à l’histoire juive et à l’histoire de la France. Pensez-vous que cela touche à la fois le public juif et le public français en général ?

A.B. : Je ne sais pas si le public français connaît l’histoire de la famille. Parfois, les fans de Jean-Jacques sont très étonnés d’apprendre même que JJG est juif. Il est issu d’une famille résistante, magnifique et extraordinaire, mais pas uniquement parce qu’ils sont juifs pendant la Shoah. Cette famille se serait érigée contre n’importe quelle injustice,  à n’importe quelle période de l’Histoire.
– Jean-Jacques Goldman n’a pas souvent mis en avant son identité juive. Il l’a fait quelquefois ainsi que son lien avec l’État d’Israël. Est-ce que vous le percevez comme celui dont les juifs ashkénazes sont plutôt fans avec son opposé Patrick Bruel, apprécié des sépharades ?

A.B. : Oui. Je crois que, sans généraliser, les sépharades aimaient écouter Patrick Bruel quand il a démarré, mais aussi Gilbert Montagné. Alors que nous, on écoutait plus Jean-Jacques Goldman, en effet.

– Vous souvenez-vous ce que vous aimiez à l’époque chez Jean Jacques ?

A.B. : J’aimais tout. J’ai été saisie par les mots qui m’ont séduit au-delà des airs.Les mélodies sont toujours bien trouvées, mais les réflexions qui sont posées dans les chansons ont toujours du sens et à mes yeux le bon.

– Et vous souvenez-vous quand vous avez découvert la destinée de Pierre Goldman ?

A.B. : Tard, beaucoup trop tard. En rencontrant le père de mes enfants qui m’entendait fredonner et surtout sans arrêt m’exclamer sur l’intelligence des chansons de Jean-Jacques, il m’a dit qu’il avait un frère, ce que j’ignorais, et qu’il avait écrit un livre « Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France ». Ce livre est devenu mon livre de chevet.

– Avez-vous changé d’opinion sur Pierre en le découvrant et en écrivant ce livre, car on ne sait pas si c’est un gentil bandit ou un mauvais garçon,  pour quelles raisons il est mort. On a même entendu dire que dans les derniers moments de sa vie, il avait changé de camp de l’extrême gauche pro-palestinien, il était devenu pro-israélien et que peut-être des militants palestiniens auraient pu l’assassiner. Est-ce que c’est une thèse que vous avez entendue ?

A.B. : J’ai entendu des dizaines de thèses, tout le monde a son avis et c’est une histoire non résolue. Qu’il s’agisse de son procès ou de son meurtre,  les gens continuent à s’interroger. J’ai eu l’occasion de discuter avec des membres de sa famille, avec Maître Kiejman qui était son avocat et avec Maître Chouraqui qui était aussi son ami.
J’ai pour principe de penser que si un homme a été innocenté, c’est qu’il n’était pas coupable. Je suis journaliste pas juge. Donc je ne vais pas refaire l’affaire. J’entends tout ce que l’on dit et je comprends toutes les réflexions, mais à mes yeux il est innocent, j’en ai l’intime conviction.
Le livre n’avait pas pour objectif de rouvrir l’affaire. Simplement de séparer l’œuvre de l’homme.Et c’est ce que nous devons faire, lire de beaux textes, écouter la profonde réflexion d’un être qui était un grand homme de lettres avec des idéaux magnifiques et qui, en effet, a mal tourné.

 Justement on parle de l’attachement à Israël, de ces rumeurs sur Pierre Goldman qui se serait rapproché d’Israël et c’est aussi le cas pour Jean-Jacques qui a fait quelques déclarations sur Israël malgré cette discrétion. Je vous cite et c’est Jean-Jacques qui parle :
« Je sais évidemment ce qui s’y passe (en parlant d’Israël) de façon un peu plus précise que ce qui se passe au Rwanda. Je me sens très très concerné par ce qui se passe en Israël et évidemment bouleversé chaque fois qu’un drame survient, je suis aussi conscient des déchirements, des doutes, des questions qui se posent : la paix ? Pas la paix ? Je partage ces doutes. Je ne suis pas du tout persuadé comme Mme Rabin qu’en étant plus gentille la paix peut survenir. Il faut voir ce qui se passe en Algérie, il faut savoir ce qu’il s’est passé au Liban. On n’est pas en Bretagne, Israël est un tout petit pays très fragile. Je comprends donc tout à fait la méfiance du peuple israélien. »C’est incroyable cette citation !

A.B. : Oui, il ne fuit pas les questions. On ne lui pose pas de questions sur Israël, mais si on l’interrogeait, il répondrait à tout. Goldman est quelqu’un de très franc donc il ne biaise pas et quelqu’un a dû avoir la bonne idée répond à tout. Quand on dit qu’il est complètement athée, qu’il se moque de ses origines, etc. j’ai tenté de prouver le contraire et preuve à l’appui, car j’ai les citations et morceaux d’interview ; c’est complètement faux, car non seulement il ne se moque pas de ses origines, mais en plus aucun de nous, juif, ne le fait. On est tous très attachés à Israël donc il y a une franchise très touchante dans ces mots et peu d’artistes le font.

– On apprend beaucoup de choses dans cet ouvrage, comment on se documente pour faire un tel livre ?

A.B. : On se documente beaucoup. On lit énormément. J’ai regardé beaucoup de vidéos de lui. Je l’ai écouté dans des conférences qu’il donne.  Pour Pierre, j’ai évidemment tout lu, rencontré ses avocats, travaillé sur son dossier pour savoir comment il avait réagi. J’ai eu accès à des lettres qu’il écrivait à ses amis à la prison de Fresnes. Des centaines et des centaines d’heures de recherche et l’écriture s’est faite ensuite rapidement, non sans douleur, car c’est difficile d’écrire sur des génies et de rendre hommage à des gens qu’on admire. Cela nécessite une vraie concentration.

– Et maintenant y a-t-il un frère que vous préférez ou bien sont-ils à égalité dans votre panthéon ?

A.B. : C’est difficile de répondre à cette question, mais j’ai quand même une préférence pour Jean-Jacques, c’est quelqu’un de très doux. J’aurai eu peur de rencontrer Pierre parce que c’est un passionné et un combattant.

– Est-ce que Jean-Jacques a lu votre livre et qu’est-ce qu’il en a pensé ?

A.B. : Je pense qu’il l’a lu et je pense qu’il en a pensé du bien, car c’est quelqu’un qui sait se défendre. Quand il réagit mal à quelque chose, il le fait savoir. Je n’ai eu aucun retour. Qui ne dit mot consent. Jean-Jacques est tellement discret que j’attendais son non-retour pour savoir que c’en était un.

– Cela fait quelques semaines que le livre est sorti, pouvez-vous mesurer son impact et son accueil ?

A.B. : Oui il est bien accueilli et il se vend bien. Il est bien accueilli parce que j’ai de très beaux articles dans la presse, que je suis reçue dans les radios et évidemment cela aide à la vente d’un livre. Il est  aussi en lice pour un prix littéraire. Tout va donc très bien.

– Votre livre est en effet sélectionné pour le prix WIZO. Vous savez comment il est entré dans sa sélection ?

A.B. : Non pas du tout. On m’a appelé un jour pour me dire, on aimerait avoir votre livre pour qu’il soit lu pour voir s’il peut rentrer dans la liste du prix WIZO et j’étais évidement contente.

– Je pense que cet ouvrage le mérite amplement.Si vous deviez en une ou deux phrases donner envie de lire votre ouvrage, que leur diriez-vous ?

A.B. : Cet exercice de comparatif entre ces frères qui ont tous les deux du génie n’a jamais été écrit. Ce n’est pas une biographie, mais un livre par thème qui parle du judaïsme, de la mort, de la notoriété, de la politique,
etc.

– Cela peut paraître incroyable qu’un tel chanteur, musicien, les restos du cœur, qui fait vraiment partie du Panthéon des grands chanteurs français et Pierre Goldman qui est lié à l’histoire, n’aient jamais été l’objet d’une biographie commune. Est-ce que vous l’expliquez ?

A.B. : Je ne cherche pas à me l’expliquer, j’en suis ravie.

– C’est la prédestination du judaïsme ashkénaze, vous deviez écrire sur eux.

A.B. : J’avais aussi remarqué qu’aucune femme n’avait écrit sur les Goldman.  Un regard de femme ne voit pas les mêmes choses chez deux hommes qu’un homme. Mais aucun juif non plus n’avait en effet écrit sur eux. Donc je cumulais deux petits plus qui font que je les comprends différemment des autres journalistes.
Donner un argument pour qu’on lise mon ouvrage ? C’est difficile, car tout peut paraître présomptueux. J’espère qu’il est bien écrit et qu’il est intéressant. Je peux en revanche dire que j’ai trouvé des interviews que l’on n’avait jamais vues ou lues avant. Que nous, en tant que juifs, nous apprenons des choses à leur relation au judaïsme par exemple, mais d’autres choses aussi : il y a un chapitre sur l’humour des Goldman dans mon ouvrage. Ce n’est pas flagrant quand on voit Jean Jacques, mais il en a beaucoup, il est très subtil, c’est vraiment une fine lame et Pierre aussi.

Ambre Bartok auteure du livre Les Goldman, dans l'intimité des frères Goldman

Ambre Bartok auteure du livre Les Goldman, dans l'intimité des frères Goldman

Les Goldman, dans l’intimité des frères Goldman, éditions Pygmalion, 190 pages, 17 euros.

 

Les Goldman dans l'intimité des frères Goldman

Les Goldman dans l'intimité des frères Goldman

 

 

 

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