Diego El Mulato, le roman captivant d’un orphelin juif devenu pirate des Caraïbes

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Diego El Mulato par Yves Victor Kamami

 

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2Diego El Mulato par Yves Victor Kamami DIEGO

Diego El Mulato, le roman captivant d’un orphelin juif devenu pirate des Caraïbes 

 

La piraterie a toujours exalté l’imaginaire, de la littérature du 19ème siècle aux films Pirates des Caraïbes en passant par les sites dédiés ou la journée internationale des Pirates. Néanmoins, il existe peu d’éléments relatifs aux flibustiers juifs ayant écumé mers et océans…

Pour en savoir davantage, ALLIANCE a rencontré le Docteur Yves-Victor Kamami, co-auteur d’une fresque historique au souffle puissant, Diego El Mulato1 : l’incroyable destin d’un Juif devenu le plus redoutable pirate des Caraïbes, au temps de l’Inquisition espagnole et portugaise.

Branle-bas de combat ! Hissez le pavillon ! Du destin tourmenté d’un peuple au courage hors-du-commun : Israël.

Alliance :Après avoir publié de multiples ouvrages médicaux et un premier roman historique, pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette vaste aventure littéraire autour d’un pirate juif caribéen ?

Yves-Victor Kamami : L’un de mes amis très chers, Gérard Hess (zal), avait lu mon précédent roman, Le Onzième Templier2. Un jour, il m’a orienté vers l’ouvrage de l’historien américain Edward Krizler, Les pirates juifs des Caraïbes3 : en découvrant leur existence, j’ai compris que ces hommes s’étaient avant tout rebellés contre les autorités persécutrices de leurs pays.

Alliance : Embarquons-nous  pour le voyage tumultueux que vous nous proposez, à travers les époques - le 17ème et le 21ème siècle et les lieux.
De nos jours, Martin, un architecte juif français spécialiste des Chevaliers du Temple de Jérusalem, découvre un manuscrit qui l’entraîne dans une périlleuse chasse aux trésors.Au 17ème siècle à La Havane, un jeune garçon, Diego el Mulato de Los Reyes, assiste au supplice de son père juif, brûlé vif par l’Inquisition, sa mère - noire - ayant été vendue comme esclave...Plusieurs pirates des Caraïbes ayant été surnommés Diego el Mulato, comment avez-vous construit le personnage que vous décrivez ?

Yves-Victor Kamami :Je me suis basé sur celui que les Espagnols considéraient comme leur plus féroce adversaire, dont ils avaient mis la tête à prix : Diego de Los Reyes - Diego el Mulato Lucifer. Fils d’un Juif et d’une Afro-antillaise, il était doublement exclu de la société coloniale espagnole, doublement victime et doublement assoiffé de vengeance - d’où son surnom…
Au 19ème siècle, il est d’ailleurs devenu LE pirate par excellence de la littérature espagnole et sud-américaine !

Il faut savoir que les Juifs étaient considérés comme hérétiques par les « empires » espagnol et portugais: ils risquaient sans cesse d’être démasqués et brûlés en place publique par l’Inquisition. Certains ont donc préféré se mettre « hors cadres », trouvant des ports d’attache relativement sûrs leur permettant de survivre et de combattre leurs ennemis.

L’un de ces pirates, Moïse Cohen Henriques, a même installé sur l’île qu’il avait conquise au large de Recife (au Brésil), une véritable petite communauté, ses hommes d’équipage étant chargés de protéger les Juifs de l’île et de la côte contre les vaisseaux espagnols…

Alliance : A bord de son vaisseau La Reine de Saba, Diego el Mulato rencontre des flibustiers juifs ayant été formés par le célèbre rabbin-pirate Samuel Pallache. Qui était ce personnage hors-du-commun ?

Yves-Victor Kamami :C’était un visionnaire, amoureux de la Torah, qui disposait d’une grande aura. Corsaire pour le Maroc et « ambassadeur » du roi auprès du stathouder4 hollandais (protestant).
Il a fondé la première communauté juive d’Amsterdam : les Juifs qui s’y sont installés, étaient souvent des conversos qui devaient réapprendre l’hébreu, les prières et leur propre culture...Ils ont ensuite produit une littérature qui a généré une certaine renaissance du judaïsme européen. Samuel Pallache a aussi influencé les armateurs et navigateurs juifs dans leur recherche des Dix tribus perdues d’Israël : les expéditions avaient certes un objectif commercial mais ce rêve-là les sous-tendait - tout comme l’espoir de trouver un havre de paix.

Alliance : Les pirates juifs ont donc joué un rôle décisif dans l’établissement de leurs coreligionnaires dans les îles caribéennes et en Amérique du sud?

Yves-Victor Kamami : Absolument. Les populations juives ont pu y exercer des professions qui leur étaient interdites à Amsterdam : avocat, médecin, pharmacien, architecte, ingénieur.
Sur le plan agricole, les Juifs ont travaillé à la culture du cacao et ont réussi à transplanter le sucre de canne de l’île de Madère, dans les plantations brésiliennes ; ils ont joué un rôle majeur dans le commerce entre le Nouveau Monde et l’Europe.
Ils recherchaient la prospérité économique mais souhaitaient aussi avoir une vie locale, contrairement aux colonisateurs espagnols et portugais.

Alliance : Chez les pirates, vous notez l’existence d’une forme d’éthique qu'entendez-vous par éthique ?

Yves-Victor Kamami : Il s’agit du code des « Frères de la Côte »5 : comme la plupart des pirates étaient au départ des boucaniers, ils étaient exclus de la société espagnole très stratifiée.
En réaction, ils ont institué une « démocratie interne » : élection du capitaine du navire ; possibilité de le démettre s’il outrepasse ses fonctions ; division du butin en parts égales entre les membres d’équipage…

La description des pirates comme sauvages et brutaux, relève du récit espagnol ! Les Nèg’ Marrons (fuyant l’esclavage), les Indiens Taïnos (dont le territoire a été envahi) et les Juifs - qui se sont joints aux premiers boucaniers, étaient avant tout des hommes persécutés luttant pour leur survie.

Alliance : Vous soulignez la « proximité » des Templiers et des Francs-Maçons, mais aussi des Juifs quels sont les liens entre les trois ?

Yves-Victor Kamami :Tout-à-fait. Après la dissolution de l’Ordre du Temple en 1312 et l’exécution de deux de ses principaux dignitaires en 1314 [brûlés vifs sur l’île aux Juifs, à l’ouest de l’île de la Cité ndlr], certains Templiers se sont réfugiés au Portugal et en Ecosse.
Très vite, ils ont cherché à explorer le monde à partir de documents établis exclusivement par des cartographes juifs de l’île de Majorque.Les Templiers réfugiés en Ecosse, pourraient être les ancêtres des Free Masons (Francs-Maçons): cela expliquerait la similitude des rituels et du vocabulaire entre les deux Ordres.

Alliance Comme certains historiens, vous considérez que Christophe Colomb - présent en filigranes tout au long de l’histoire, était un converso. Pourquoi ?

Yves-Victor Kamami :Les faits sont troublants. Il est parti le 3 août 1492, c’est-à-dire le 9 Av - le jour également de la mise en application du décret d’expulsion des Juifs d’Espagne.
Sur les trois navires de ce premier voyage, ne se trouvait aucun prêtre. Le seul interprète à bord, était un interprète hébreu-espagnol. Son cartographe était juif et toutes les personnes ayant facilité son départ vers le Nouveau Monde, étaient d’origine juive.A sa mort, la Jamaïque est son unique possession : durant 200 à 300 ans, ses descendants vont faire en sorte que l’Inquisition ne puisse jamais intervenir sur l’île, protégeant ainsi les conversos qui y vivent.Enfin, dans tous les documents manuscrits de Christophe Colomb, on retrouve des lettres en haut à droite qui ressemblent à ה׳׳ב…

Alliance :Roman historique et d’aventures, Diego El Mulato n’exclut ni la sensualité ni l’amour ou les moments burlesques : des éléments importants, dans un environnement où la mort rôde en permanence ?

Yves-Victor Kamami :Oui car, dans la tradition juive, la vie doit toujours primer. Même dans les situations les plus extrêmes, l’on doit tout faire pour transmettre, de génération en génération.D’autre part, comme les sujets abordés sont graves, il était indispensable d’offrir au lecteur des respirations et un peu de piment !

Alliance : Pourquoi cette co-écriture avec Sylvia Cornet D'Alwalhad6 ?

Yves-Victor Kamami : Pour restituer les deux époques du roman, il m’a semblé intéressant de faire se rencontrer deux styles, l’un très « littéraire » - relatif à la partie historique que j’ai prise en charge, l’autre plus direct et contemporain. Sylvia et moi, sommes complémentaires.

Alliance :Avec ce roman, avez-vous souhaité illustrer l’absurdité de la « concurrence des mémoires » ?

Yves-Victor Kamami : C’est l’un de mes objectifs. Le dialogue des mémoires et les échanges entre les communautés de la République française, sont au cœur de mon combat de militant, notamment au sein du CRIF [Yves-Victor Kamami est membre du Bureau exécutif du CRIF ndlr].Respecter la mémoire de l’autre tout en honorant la sienne propre, participe de l’ouverture à l’altérité. En l’occurrence, les Noirs et les Juifs ont dû faire face à des types de souffrances apparentées : je cite souvent l’exemple de ce responsable de la communauté noire, invité à un Seder de Pessah, qui a été profondément marqué par le récit de l’esclavage des Hébreux en Egypte…

Alliance : Que doit-on aux pirates juifs, aujourd’hui ?

Yves-Victor Kamami :En bravant tous les dangers, les pirates juifs ont réussi à transmettre la « petite flamme » - celle de ‘Hanouka qui permet de faire revivre le judaïsme.Certains, comme Diego el Mulato, étaient capables d’attitudes chevaleresques. Ils n’attaquaient pas les bateaux le Chabbat, portaient des talit katan et respectaient la cacherout…L’important est de bien comprendre que ces pirates faisaient face à des situations critiques où ils combattaient pour leur foi et leur dignité d’hommes : on pourrait assimiler les pirates juifs de l’époque, à Luke Skywalker luttant contre l’Empire !

Lydie Levine pour ALLIANCE

1 - Diego El Mulato, d’Yves-Victor Kamami et Sylvia Cornet D’Alwalhad, éditions Auteurs du Monde, novembre 2015.

2 - Le Onzième Templier d’Yves-Victor Kamami, éditions Bibliophane Daniel Radford, 2006.

3 - Les pirates juifs des Caraïbes d’Edward Krizler, André Versaille éditeur, 2012.

4 - Stathouder : littéralement, « lieutenant », ou gouverneur général.

5 - La Fraternité des Frères de la Côte [de Saint-Domingue ndlr] a été fondée au 17ème siècle par d’anciens boucaniers protestants, impressionnés par l’exemple de Pierre Legrand, boucanier devenu corsaire du Roi.

6 - Sylvia Cornet D’Alwalhad est l’auteure de Réseaux Verbaux (Éditions Auteurs du Monde, 2015).

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