De Paris à Pédouel Aryeh et Yaël racontent leur alyah

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De Paris à Pédouel Aryeh et Yaël racontent leur alyah

Au croisement de Shilat, près de la ville de Modiin, on franchit « la ligne verte » qui séparait Israël de la Cisjordanie jusqu’en juin 1967. Une demi-heure plus tard, au détour d’une route déserte, les coquettes maisons aux tuiles rouges de Pédouel se profilent.

Depuis peu, les 1 300 habitants de cette implantation créée en 1984 se sont habitués à de nouveaux voisins, dix familles d’olims (« immigrants ») venues de l’Hexagone et installées, à flanc de colline, dans « le quartier des Français ».

Israël et la cisjordanie

Israël et la cisjordanie

C’est là que Yaël et Aryeh Korni accueillent, au seuil de leur caravilla (contraction de « caravane » et « villa »). « Trois chambres, salon, cuisine, salle de bains, 65 mètres carrés en tout, et entièrement équipés. C’est confortable. Il y a aussi un jardin, d’où par beau temps on aperçoit la mer et Tel-Aviv, à 35 kilomètres », dit Yaël, 35 ans, robe longue et fichu des juives religieuses sur la tête.

« Je jouis enfin pleinement du bonheur d’être juif »

Ce couple et ses quatre enfants vivaient à Paris. Ils se sont installés il y a dix-huit mois dans ces collines, parfois hérissées d’implantations juives ou de villages palestiniens. « Je jouis enfin pleinement du bonheur d’être juif, affirme Aryeh, kippa noire et châle de prières. Nous sommes religieux et avions fait le choix d’être impliqués dans le projet miraculeux de la renaissance d’un État juif avant les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Beaucoup de signaux alarmants ont précédé ces tueries. En tout cas, nous n’avons pas fui la France à laquelle nous restons attachés. »

Aryeh suit les cours d’une Yéchivah (« institut d’études talmudiques ») et participe comme volontaire aux patrouilles de la police dans la région. Yaël, elle, rêvait de s’installer à Jérusalem, mais l’immobilier flambe en Israël. Même à Pédouel, 25 appartements neufs viennent de se vendre 275 000 € l’unité.

« Une solidarité incroyable »

Cette colonie est le pré carré des élites – ingénieurs, cadres supérieurs, hauts gradés de Tsahal (l’Armée), etc. Normalement, pour s’y établir, il faut être sélectionné par une (sévère) commission d’accueil. « L’épanouissement de nos enfants prime avant tout. Ici, c’est l’idéal pour l’environnement, la sécurité et la qualité de la vie », dit Yaël, évoquant les terrains de foot et de basket, les écoles et activités encadrées pour les trois aînés, la crèche pour le dernier né.

Sur place, il y a aussi trois synagogues, un centre médical, un magasin-épicerie, un centre culturel doté d’une bibliothèque, et une salle des fêtes. « Les contacts sociaux sont intenses, la solidarité incroyable ! », dit encore Yaël, rappelant que le président israélien Reuven Rivlin est venu à Pédouel saluer les tout-petits à la rentrée des classes.

Émue, elle se souvient de l’accueil des anciens qui l’ont aussi entourée et choyée après la naissance du bébé et le récent décès de son père. Miracle d’Internet, elle a conservé son employeur, une société d’informatique à Paris, qui n’est même pas au courant de son déménagement.

Difficultés et coups de blues

Pour Aryeh, la réalité semble moins souriante. Après dix ans de carrière à la BNP, il s’accommode d’« un job alimentaire » dans un call-center, un centre de téléphonie d’entreprise à Modiin. « Je dois à tout prix apprendre l’hébreu. Provisoirement, je n’ai pas d’autre choix pour gagner ma vie, dit-il. C’est souvent rébarbatif et exténuant. Beaucoup de kilomètres à avaler, et des horaires interminables. »

Mais Aryeh demeure « confiant », car il est pratiquement dispensé d’impôts sur le revenu pendant trois ans. À l’instar de tous les olims, il reçoit aussi diverses allocations de l’État et de l’Agence juive. S’y ajoute l’entraide quasi permanente de sa communauté d’accueil.

Le cocon protecteur de l’alya préparée et réalisée « en groupe » avec les dix familles françaises voisines, atténue déceptions et difficultés d’intégration. Restent les coups de blues. « Ma mère est restée là-bas. Rien ne peut la remplacer, confie Yaël. Mes voisins, mes habitudes et le quotidien de Paris me manquent aussi. Et, franchement, je ne suis pas tranquille sur les routes des environs. Elles ne sont pas sûres. D’ailleurs, mes amies de Tel-Aviv, Ashdod ou Ashkelon ne se risquent jamais à venir ici », dit-elle, dépitée. En 2016, seuls 3 % des olims de France ont opté pour les Territoires occupés.

Joël David (à Pédouel, Cisjordanie)

Source La Croix

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