David Lynch : le retour sans l’aller

Actualités, Artistes, Coup de coeur, Culture - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
David Lynch : le retour sans l’aller

David Lynch : le retour sans l’aller

David Lynch, "Twin-Peaks - Le Retour", coffret Paramount, 2018.

Pour celles et ceux qui désireraient chercher un point d’appui ou de repère parmi les mystères absurdes des forces étranges de l’existence, il est demandé de passer leurs chemins. Twin Peaks n’est pas fait pour eux. Dans la partie 8 - sorte d’acmé de ce qui est plus un film  de 18 heures qu’une série télévisé - sur le bureau de Gordon Cole interprété par David Lynch lui-même est mise en évidence, une photographie de l’explosion de la première bombe atomique (le 16 juillet 1945 à White Sands, au Nouveau-Mexique). Elle s’avère une des clés de cet hapax dans le monde des séries et le portrait  en creux du Kafka du "Procès".

Un constat désespéré du monde transparaît. D’autant que cette version 3 n’a rien d’une « revival ». Ayant été forcé de révéler le nom du meurtrier de Laura Palmer, Lynch était devenu plus sombre et misanthrope mais ici rampe un amour constant à travers un avatar de Dayle Cooper qui se reconstruit auprès d’une femme (Naomie Watts) qui n’est plus la sienne.  Il est vrai que 25 ans ont passé…

Plus que jamais Twin Peaks n’est pas un lieu mais « un état d’esprit » (Lynch). Il y a le Dakota du Sud, Las Vegas, New-York et même au-delà. Le monde est disloqué comme la série elle-même. Le film et ses faux-semblants semblent sortir d’une boîte de verre mystérieuse pour se répandre dans  l’« étant donné » cher à  Duchamp (image qui obséda le réalisateur).

L’écran où tout se renverse constamment nous susurre parfois d’une voix caverneuse un vous ne savez pas ce qui vous attend.  « Le Retour » ne le dément jamais. Mystère de la mort ? De la vie ? Du bois autour de Twin Peaks ou d’un oasis dans le désert du Nevada ? Tout cela et bien plus. Dans ce monde désormais Laura Palmer prend une dimension mélancolique. Et beaucoup d’épisodes sont des hommages aux comédiens décédés des deux premières saisons dans un  chant du cygne subjectif, baroque, mélancolique et schizophrénique grevé d’acteurs vieillissants et d’enfants tristes, battus, mal traités. Le tout dans des images sublimes.

Lynch laisse là  un testament peut-être politique et surtout esthétique. Il s’agit sans doute d’assurer la transmission dans un appel aux amours impossibles et un appel à la guerre dans une sorte de vision aussi crépusculaire que d’aube étrange.

Face à un tel monde le spectateur lambda de séries classiques n’est plus tout à fait le même : il est constamment interpelé et happé par une saisie de fausses pistes où la question centrale est de savoir pourquoi se regarde un tel spectacle : tout est sans importance mais tout est capital en un travail de frustration et d’euphorie.

 

JPGP

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi