Les coutumes de Tou Bishvat ont-elles été inventées par un faux Messie?

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Les coutumes de Tou Bishvat ont-elles été inventées par un faux Messie?

Tou Bichvat est devenu au cours des derniers siècles un festival de fruits secs. On trouve presque tous les fruits dans les magasins du pays, principalement importés de Turquie (ce qui n’est pas agréable à dire), bien séchés et placés dans de petites boites carrées. Mais est-il possible que l'invention moderne relative au Nouvel An des arbres ait été échafaudée par le célèbre faux prophète Shabtai Tzvi et ses disciples?

La première fois que Tou Bichvat est mentionné dans le traité Rosh Hashana de la Michna, il apparaît comme le Nouvel An des arbres. "Ce fut un événement d'importance halakhique", explique Yoel Rappel, auteur de l’ouvrage "Haggadat Tou Bishvat". "Les Sages ont fixé la date du Nouvel An des arbres à l'époque où la plupart des habitants juifs de la Terre d'Israël étaient des agriculteurs. Cela avait alors  une signification en ce qui concernait les offrandes et les dîmes. Cependant, il n'y avait pas d'ordre spécial dans lequel manger les fruits."

De nombreuses années plus tard, vers le XVIe siècle, une nouvelle tradition a débuté chez les Juifs: la consommation de fruits secs et de quatre coupes de vin, ainsi que la récitation en parallèle de chapitres du Tana’h, de la Michna et du Zohar, tout ceci se basant sur le livre Hemdat Yamim.

"L'auteur du livre témoigne qu'il a rénové le cérémonial de Tou Bishvat, avec une coutume qui ne se trouve pas dans les écrits du Ari. Il écrit que le cérémonial de Tou Bishvat corrige trois défauts fondamentaux: le défaut de l'alliance, le fait de manger des fruits sans bénédiction et la faute d’Adam, le premier homme.

Ce livre est à l'origine du pamphlet "Pri Etz HaDa'at", qui est la base du cérémonial de Tou Bichvat, publié au XVIIIe siècle et qui a permis de répandre la coutume du seder de Tou Bishvat. De là, le passage à la dégustation de fruits secs pour la fête fut rapide.

Shabtai Tsvi

Shabtai Tsvi

Mais ici l'histoire diffère, et d'une manière particulièrement inconfortable pour le judaïsme, parce que divers érudits et rabbins ayant examiné la source du livre qui a institué la consommation de fruits séchés, pensaient que l'auteur était Natan HaAzati (le Gazaoui), prophète du mouvement institué par Shabtai Tsvi. Le rabbin Yaakov Emden, explique Yoel Rappel, conclut que le livre avait été imprimé pour la première fois 54 ans après la mort de Shabtai Tsvi, qui avait prétendu être le Messie et s'était ensuite converti à l'islam.

Pour preuve, ils ont présenté des chansons avec l’acrostiche "Natan HaAzati" et des commentaires qui semblaient adhérer au mouvement de Shabtai Tsvi. D'autres rabbins, tels que le Yavetz, pensaient également que Nathan HaAzati était l'auteur du livre.

La question de savoir si le livre controversé est de mouvance sabatéenne persiste jusqu’à nos jours. En 1954, Avraham Ya'ari a publié son livre "Taaloumat Hasefer" dans lequel il concluait que l'auteur était le kabbaliste Rabbi Binyamin Halevi.

Gershom Scholem a récusé ces propos. Un troisième chercheur, Yeshaya Tishby, a tenté de prouver que le livre avait été écrit au cours du premier tiers du XVIIIe siècle dans le cadre des activités sabatéennes populaires parmi les fidèles du rabbin kabbaliste Chaim Abulafia.

Les rabbins contemporains étaient partagés sur la question fatale de lier Tou Bichevat à Shabtai Tsvi. La ré-édition de Hamdat Yamim, parue en 2003, a été entreprise avec l'accord de Rav Ovadia Yossef. Le rabbin Mordechai Eliyahu, pour sa part, a exclu le livre de sa maison.

"Si c'est la coutume de Shabtai Tsvi, comment s'est-elle répandue dans tout le monde juif?", se demande Yoel Rappel. Selon lui, la principale source - manger trente fruits différents et boire quatre coupes de vin - est certainement une coutume kabbalistique.

Les preuves, prouve-t-il, ont été écrites par le rabbin Moshe Hagiz dans son livre "Birkat Eliyahu" imprimé en 1928, et le rabbin Chaim Vital, disciple du Ari, notait que manger les trente sortes de fruits devait être divisé en trois mondes: création, élaboration et action.

Par conséquent, après avoir étudié le sujet, je pense qu'il est peu probable que les Sabbatéens aient institué une coutume qui lie les Juifs à la Terre d'Israël en mangeant des fruits", résume Mr Rappel. "Je voyage beaucoup dans les villes d’Europe de l’Est et je les recherche. Ils étaient actifs jusqu'à il y a 100 ans dans divers endroits".

"Par conséquent, je crois que c’est là la coutume du Ari et de ses disciples, qui a ensuite été écrite dans le livre ou adoptée par les Sabbatéens mais n’a pas été inventée par eux. Il est possible de dire que le cérémonial de Tou Bichevat provient du monde de la kabbala, mais sa mise à niveau et ses ajouts proviennent du cercle de Shabtai Tzvi. D'autres ont ajouté des coutumes différentes au fil des générations. "

Source : Israel HaYom

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