Comment un fermier juif religieux est devenu un promoteur du suicide assisté en Israël

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Yoskeh et Nurit Marmurstein profitent des fleurs d'hiver à Alumum, en Israël, en 2012. Nurit, à droite, a choisi de se rendre en Suisse pour mourir

Lorsque sa tasse de barbiturique est arrivée, Nurit Marmurstein était si impatiente de mourir qu'elle a ignoré la consigne de le boire lentement et a avalé toute la dose d'un trait.

Cette consigne a pour but, d'éviter de regretter son geste après l'absorption fatale de la dose de pentobarbital.

Pour son mari, Yoskeh, cet empressement témoignait à la fois du désespoir de sa femme, en phase terminal d'une Sclérose en Plaque, la SLA, qui l'a torturait et de sa détermination à mettre fin à ses souffrances.
En 2014, le couple israélien s'est rendu en Suisse qui est l'un des rares pays où le suicide assisté est une réalité légale.

Des centaines de personnes utilisent les services d'agences d'aide au suicide assistées telles que Dignitas et Exit en Suisse, où il est permis aux personnes de mettre fin à leurs jours «pour des raisons non égoïstes», comme le prévoit la loi suisse, depuis 1942.

Des dizaines d'Israéliens comme Nurit Marmurstein, mère de quatre enfants dont le corps a été ravagé par la SLA, ou la maladie de Lou Gehrig a fait le même geste désespéré.

Mais la décision peut être particulièrement difficile pour les juifs.
Le suicide est une violation grave de la loi, la Halacha,et du droit religieux juif que les personnes qui se suicident se voient souvent refuser l'enterrement dans des cimetières juifs.

Ce fut certainement une décision difficile pour les Marmurstein, qui vivaient et élevaient leurs enfants dans le kibboutz religieux orthodoxe d’Alumim, près d’Ashdod, sur la côte ouest d’Israël.

«C’était un problème pour Nurit et nous avons demandé conseil à un rabbin», a déclaré Yoskeh son mari âgé de 64 ans.
Le rabbin orthodoxe qu'ils ont contacté "a délibéré pendant un mois et nous a finalement dit que cela n'était pas autorisé, mais, que dans son cas, cela n'était pas strictement interdit en raison de ses souffrances intenses".

En fin de compte,  «Nurit aurait mis fin à ses jours,quelque soit la réponse du rabbin car elle en avait assez de souffrir», a déclaré Yoskeh son mari.

Le corps de Nurit a été enterré dans un cimetière juif à l'aide d'une interprétation rabbinique indulgente d'un autre rabbin, qui s'applique souvent aux suicides, en ces termes :"elle a regretté sa décision dès qu'elle a bu la dose mortelle de barbiturique."

Yoskeh a bien accueilli l'autorisation, mais insiste sur le fait que son raisonnement est inexact.

«Elle avait hâte de le boire. Elle était inflexible sur son désir d'en finir avec cette vie », a déclaré Yoskeh, qui est devenu un militant pour la promotion du suicide assisté en Israël, où il parle fréquemment dans les médias et lors de conférences sur l'histoire de sa famille.

Nurit, dont les amis ont déclaré qu'elle avait une soif de vie incroyable lorsqu'elle était en bonne santé, a reçu un diagnostic de SLA environ un an et demi avant son "suicide assisté" - en absorbant une dose mortelle pentobarbital - dans le centre de Dignitas, près de Zurich, dans un cottage à panneaux bleus dans une rue de banlieue entourée de végétation.

Nurit, s'est suicidée à 59 ans.
Ce qu'elle avait  d'abord attribué à de la «maladresse induite par l'âge» s'est rapidement avéré être une forme violente de  la maladie dégénérative, SLA, a déclaré Yoskeh.
Soufflant, tremblante et incapable d'utiliser efficacement ses membres, elle présenta des excuses sous forme d'adieu qu'elle dicta à son mari.

«Ne jugez personne tant que vous n'êtes pas à sa place. Je suis désolée pour tous ceux que je laisse. Ceci est ma décision, et la mienne seulement. Il n'y a pas d'autre issue, je ne peux plus continuer ainsi. Pardonnez-moi », a-t-elle dit, transmettant ses excuses à des proches avant de conclure : « Pardonnez-moi, vous, mes amis qui m'avaient soutenu. Avec mon amour infini, Nurit."

Les autres Israéliens qui avaient eu recours aux services de Dignitas ne se sont pas excusés.

Dan Dori, vu en Israël en 2018, a choisi l'aide au suicide à 45 ans avant d'être paralysé par la SLA.

Dan Dori, vu en Israël en 2018, a choisi l'aide au suicide à 45 ans avant d'être paralysé par la SLA.

 

«Vous sentez votre corps vous lâcher progressivement », a écrit Dan Dori, un autre candidat au suicide assisté et était également atteint de la SLA .
Il s'est suicidé dans le même service que Nurit, à  Dignitas en janvier.
Avant son voyage il a dit  "Je ne suis pas encore paralysé, mais c'est précisément pourquoi je vais en Suisse: pour éviter de finir paralysé."

Dans sa note d'adieu, il a remercié ses amis et sa famille, leur assurant qu'il avait «vaincu la maladie» en mettant fin à ses jours.

À sa mort, Dori, 45 ans, était un professionnel de la haute technologie dont la famille avait en grande partie accepté son choix.

Plusieurs membres de la famille et amis ont imploré Nurit à la faire renoncer à son projet de suicide, en invoquant des tabous religieux.

"Elle a ressenti leur souffrance, mais sa décision était inébranlable. C'était inutile", dit son mari.

La culpabilité de Nurit était peut-être inévitable. Mais la douleur et la souffrance qu’elle a endurées durant son voyage en Suisse, ainsi que sa mort en dehors du seul pays qu’elle aimait, Israël, «étaient un nouveau cauchemar», a déclaré Yoskeh à propos de sa femme
«J'espère qu'un jour, Israël autoriseras l'assistance médicale pour mourir afin que d'autres personne ne subissent pas ce que nous avons vécu».

C'est une perspective improbable dans un pays où les sensibilités religieuses empêchent même les transports en commun le Shabbat, le jour de repos juif.

Même en Suisse, qui, malgré sa législation libérale, a une société relativement conservatrice et une église forte, la pratique du suicide assisté est sujette à controverses et a été contestée à de nombreuses reprises devant les tribunaux, sans succès.

Certains Juifs suisses, résistants à l'assistance médicale au suicide s'opposent même d'aider des personnes, comme Yoskeh, à transporter le corps d'un être cher pour un enterrement en Israël.

Rafi Mussbacher, un professionnel de l'import-export juif suisse qui organise de telles expéditions, a déclaré que Chaim Moishe Levy, un grand rabbin basé à Zurich, lui avait demandé de s'abstenir d'aider à renvoyer le corps de Nurit Marmurstein en Israël, en raison notamment de son origine. famille religieuse orthodoxe.

Rafi Mussbacher, qui envoie chaque année un ou deux corps de patients décédés dans les services de Dignitas en Israël, a ignoré ces instructions.

"Chaque personne qui se tue est une personne de trop", a déclaré Rafi Mussbacher
«Je refuse tout contact avec les familles avant l'acte et ne participe à aucun aspect d'une éventuelle  planification. Mais une fois que c'est fait, je suis tenu par les lois religieuses d'aider à amener un corps juif pour l'inhumation. C'est une mitsva.

Chaim Moishe Levy a nié être intervenu dans les arrangements funéraires de Nurit Marmurstein, qualifiant cette affirmation de "désinformation". "Je n'ai rien à voir avec le problème",

L’agence Jumbo Air Cargo, de Dignitas et de Mussbacher, facture plusieurs milliers de dollars pour le transport d’un corps. Mais avec Dignitas, la procédure prend une semaine.
L'agence de Rafi Mussbacher propose une livraison le  lendemain de la mort, ce qui est essentiel pour les Juifs observants le commandement religieux selon lequel l'inhumation a lieu le plus tôt possible après la mort.

Lors des débats de 2010 sur la loi suisse autorisant le suicide assisté, la Fédération suisse des communautés juives a publié une déclaration de principe expliquant pourquoi elle ne participerait pas à la rédaction des dispositions relatives à cette pratique.

Alors, que la fédération se félicite de l'ouverture du débat du gouvernement sur le sujet, la déclaration souligne que la communauté juive "ne peut et ne veut pas participer à la rédaction d'un tel document juridique sur la pratique."

Le rabbin Mendel Rosenfeld, émissaire de Chabad à Zurich, est tellement opposé au suicide assisté qu'il rejette le terme. «Vous voulez dire un meurtre assisté», "C'est profondément immoral."

Jakob Ledereich, un rabbin suisse orthodoxe, s’oppose également catégoriquement à la participation de tiers au suicide.
Mais, a-t-il ajouté, «je ne peux pas blâmer les personnes qui se suicident. Je sais que c'est interdit », a-t-il déclaré,« mais lorsque je le considère de manière rationnelle, je ne peux pas blâmer la décision d'un patient en phase terminale qui souffre énormément de mettre fin à la torture plus tôt. »

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