Cinéma juif : Menashe le Juif hassidique qui rêve d’autonomie

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Dans la communauté juive ultra orthodoxe de Brooklyn, des batailles de veuf pour la garde de son fils. Un drame tendre accompli entièrement en yiddish, le film explore intimement la nature de la foi et le prix de la parentalité.

Vous souvenez-vous du désarroi de Dustin Hoffman en père démuni et seul devant sa progéniture dans Kramer vs. Kramer ? À la fin des années 1970, le sujet était jugé audacieux, et la même situation semble aujourd’hui aussi controversée au sein de la communauté juive hassidique.
C’est à ce tabou que s’attaque le documentariste Joshua Z. Weinstein dans Menashe, son premier film de fiction.

Nullement rattaché à cet univers clos, n’ayant aucune maîtrise du yiddish, il effectue tout de même cette plongée dans ce monde où tout est strictement codifié, dont les rapports entre les hommes et les femmes. Voilà d’ailleurs ce qui provoque un malaise sérieux autour de Menashe (émouvant et débonnaire Menashe Lustig), veuf depuis un an et pas du tout pressé de se remarier. Tous, à commencer par son rabbin, lui souhaitent une nouvelle conjointe, ce qui assurera le bien-être de son fils Rieven (Ruben Niborski), ballotté entre le foyer de son oncle (Yoel Weisshauss), un être intransigeant et accusateur même dans ses silences, et celui de son père, modeste et bordélique.

 Bourdes et étourderies

Or, comment y parvenir avec un boulot de caissier dans une épicerie, criblé de dettes, incapable de se faire cuire un oeuf et toujours en retard ? Menashe semble passer sa vie à réparer ses bourdes et ses étourdies, dont certaines couvrent de honte son fils tiraillé aussi entre son respect pour son père et son désir légitime d’une existence moins précaire. Une cérémonie soulignant la mémoire de sa conjointe disparue, point culminant de cette conquête désespérée d’autonomie, mélange les odeurs de roussi aux souvenirs doux-amers, illustrant aussi tous les codes secrets qui régissent ce milieu en marge du monde.

Joshua Z. Weinstein laisse constamment transparaître son héritage de documentariste, filmant de près des interprètes au profil singulier, et pas seulement à cause de leur absence évidente de technique de jeu et leur aisance à converser en yiddish. Car mis à part quelques rares dialogues en anglais et en espagnol, tout se déroule dans cette langue largement entendue dans les rues de Brooklyn. Jamais le cinéaste n’embrasse ce célèbre quartier dans sa totalité, nettement plus concentré sur ces visages souvent fermés, ou, en de rares occasions, légèrement illuminés d’espoir.

L’espérance se fait d’ailleurs rare tout au long de ce récit accordant une large place à l’observation de coutumes plutôt déstabilisantes pour un regard extérieur, égratignant le côté rigoriste de ces rituels, révélant aussi les sacrifices personnels que chacun doit assumer pour la sauvegarde de la communauté. C’est cette mascarade religieuse que le rebelle Menashe a beaucoup de mal à jouer. Sur un ton que plusieurs jugeront pessimiste, rien ne laisse croire qu’il en sortira vainqueur, prouvant aussi que Joshua Z. Weinstein, le documentariste, n’est jamais loin.

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