Judaïsme et Sexualité

Billet de Claudine - le - par .
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JUDAISME ET SEXUALITÉ

judai.jpgLe judaïsme est une des grandes religions qui ont parlé de la sexualité en énonçant clairement des interdits et des prescriptions sexuelles.
Cette question n'est pas toujours bien connue.

Ce livre propose un débat entre Monsieur Joseph Sitruk, Grand Rabbin de France, et Daniel Sibony, philosophe et psychanalyste, autour des questions qui se posent entre judaïsme et sexualité. Ce débat, organisé à l'initiative de l'Union des jeunes Médecins juifs de France, présidée par le Docteur Ariel Toledano, est animé par Norbert Attali.

Extraits du livre :

Grand Rabbin Sitruk - Le texte dit que c'est l'homme qui a le devoir de procréation. Une femme en revanche ne l'a pas mais elle est en droit de se protéger si elle ne veut pas avoir d'enfants. Donc, depuis la tradition talmudique la plus reculée, la Torah a considéré que les moyens contraceptifs féminins sont à priori, dans leur globalité, autorisés. A une condition, que cela ne gêne pas le mari, et ne détourne pas le rapport sexuel lui-même. Cela veut dire que le rapport doit s'effectuer normalement. Voilà pourquoi un contraceptif de type oral, sera considéré par les rabbins comme parfaitement compatible avec l'esprit de la Torah. L'esprit étant l'union des corps de façon normale, sans que l'on soit obnubilé, préoccupé, inquiété par l'éventuelle naissance d'un enfant non désiré pour telle ou telle raison. Voilà pourquoi la femme a droit à la contraception, mais pour ne pas que la contraception ne devienne qu'un moyen de confort ou l'expression d'un égoïsme, le recours a un avis rabbinique autorisé est toujours indispensable.

Norbert Attali - Peut-elle en informer son mari ?

Grand Rabbin Sitruk - Absolument, elle doit même le faire, et dire : "Voilà, moi je ne souhaite pas avoir d'enfant pour telle ou telle raison". Il faut alors la référence médicale, pour qu'un avis objectif soit donné sur l'état de cette femme, et un avis rabbinique, moral, pour savoir si effectivement ce n'est pas pour des raisons de confort.

Pour être tout à fait franc, ce que la Torah ne voit pas d'un oeil favorable, c'est le confort. On peut estimer qu'on ne veut pas d'enfant parce qu'on a envie de partir en vacances, d'être libre, de gagner plus d'argent, de ne pas avoir de souci, on considère en fait que tout cela cache des angoisses beaucoup plus profondes de la vie qu'il faut avoir le courage d'exorciser. Il faut donc expulser les prétextes pour essayer de réfléchir aux raisons profondes qui motivent ce refus. Voilà quel sera le travail du rabbin dans le dialogue avec ce couple.

En ce qui concerne les préservatifs masculins, l'avis médical s'oppose à l'avis rabbinique sauf dans deux cas qui nécessitent toujours consultation rabbinique préalable lorsqu'il peut y avoir danger dans les cas de Sida par exemple et, deuxièmement, lorsqu'il s'agit éventuellement de le faire dans un but de procréation. Par exemple lorsque la collecte du sperme est nécessaire pour une congélation et un traitement de stérilité dans le cadre du couple, on peut alors envisager un recours aux préservatifs masculins dans certaines conditions.

Norbert Attali - Peut-on revenir un instant sur la notion de plaisir, dans le judaïsme ?

Grand Rabbîn Sitruk - Dans mon introduction, j'ai amené la notion de plaisir, qui n'est absolument pas condamnable. Nos maîtres en parlent dans différents
textes talmudiques extrêmement beaux et précis. Dans le Traité de Nidda par exemple, on précise que l'éveil de la libido chez l'homme et la femme n'intervient pas de la même façon. La halakha en tient compte et dit que l'époux doit éviter toute précipitation dans la concrétisation du rapport et faire en sorte que sa femme arrive à un épanouissement physique : c'est la preuve que ce rapport n'est pas égoïste, qu'il ne faut pas que ce soit un rapport bestial, instinctif, simple accomplissement d'un devoir dont nous devons nous débarrasser au plus vite.

Dans le véritable rapport, celui de l'épanouissement de deux êtres, il doit y avoir communication à tous les niveaux : le Zohar va même jusqu'à dire que dans un rapport sincère, authentique, le couple doit même s'embrasser au moment du rapport. Et le Zohar ajoute : "car les âmes communiquent". J'ai toujours trouvé très forte cette image de deux corps, deux coeurs, deux âmes qui communiquent. Le rapport peut être cérébral, il peut être affectif et physique à la fois sans qu'aucune des dimensions n'ôte rien à la précédente.

Norbert Attalî - Est-il vrai, Monsieur le Grand Rabbin, que l'exégèse rabbinique considère que si un homme permet à sa femme de jouir avant lui, la bénédiction est la naissance d'un garçon, et que dans le cas contraire c'est celle d'une fille ?

Grand Rabbin Sitruk - Il y a visiblement des "recettes". Le Traité Nidda le dit de façon explicite : lorsqu'un homme a permis à sa femme d'arriver avant lui au stade du plaisir, il a fait acte de générosité. De cet acte de générosité, puisque l'homme peut très vite arriver à assouvir son besoin, la Torah dit : "il passe à côté d'une expérience très riche qui est l'épanouissement de deux êtres qui arrivent, au même moment, au même plaisir". Cela veut dire que le couple idéal est celui qui partage tout, et donc, qui obtient ce qu'il souhaite vraiment.je pense que si l'on souhaite un garçon, cela se réalise au travers d'un rapport qui en est vraiment un.

Norbert Attali -je voudrais votre avis, Monsieur le Grand Rabbin, sur l'importance accordée dans le judaïsme, au moment des rapports sexuels, à ce problème de la semence. On dit qu'il y a une coutume, à Jérusalem, qui consiste à ne pas permettre aux enfants de suivre la dépouille de leur père jusqu'au tombeau parce qu'on souhaite éviter que les enfants qui n'ont pu naître, ceux qui auraient été potentiellement issus d'une semence déversée en vain, ne reprochent au défunt, ce jour-là, de n'avoir pas vu lejour.

Grand Rabbîn Sitruk - Votre question est redoutable. Effectivement, nous avons cet usage également dans les communautés Sefarad. Lorsqu'un père décède, les garçons, ne suivent pas le corps au moment de l'inhumation. Cette tradition est fondée sur un texte du Zohar qui dit que cela "éveille les autres fils". Ce texte évoque explicitement tous les enfants potentiels qui sont presque-nés de la semence perdue. Voilà ici une idée extraordinairement puissante .

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  1. Pingback: Interdiction de contraception dans le judaisme - Contraceptifs et Thorah

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