Ava, épisode 2 de Jérémy Séroussi

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Ava épisode 2 de Jérémy Séroussi

Pourim Ava (épisode 2)

Episode 1

Ava , au commencement 1 er épisode . Jeremy Séroussi

Ava , au commencement 1 er épisode . Jeremy Séroussi

Ce week-end c'était Pourim. C'était même Pourim tout le week-end ! Du vendredi matin à l'école jusqu'au dimanche après-midi à la fête des enfants au premier étage de la synagogue.
C'était incroyable ! J'aimerais tellement que Pourim ce soit tous les jours de la vie...

Cette année, mamie s'est déguisée en astronaute. Du coup, papi s'est déguisé en plongeur. Le rabbin a mis comme à chaque fois sa perruque blonde avec ses longues tresses. C'est génial Pourim, tout le monde devient ce qu'il a toujours eu envie d'être. Tonton Dan, lui, s'est déguisé en Capitaine Alfred Dreyfus.

Mais il faut que je vous dise un truc à propos du déguisement de tonton Dan. Quand il est entré dans le grand hall de la synagogue, un vieux petit monsieur s'est planté juste devant lui et s'est alors mis à fixer fixement sa fausse petite moustache et son faux chapeau militaire. Puis ce même vieux petit monsieur s'est alors mis à engueuler tonton, à le traiter de provocateur, et même à le bousculer.

C'est à ce moment-là que j'ai eu un très peur pour tonton ... Il est si maigre ...
Mais lui tonton, il a ri, et il a trouvé que c'était cocasse de confondre un simple Capitaine avec un Chancelier. Et puis il est parti.

Si c'est juste cocasse, alors tant mieux mon tonton ...

Mais je dois aussi vous avouer quelque chose d'autre : à la synagogue, certaines personnes n'étaient pas du tout déguisées ... Au début, je ne comprenais pas. Je regardais tout le temps ces personnes et ça me perturbait beaucoup. Puis sur le chemin du retour, mamie m'a donné la raison. Donc je vais vous la confier à vous aussi : en fait ces personnes, elles n'imaginent pas qu'on puisse être quelqu'un d'autre. Elles ne savent pas que dans la vie on a la possibilité de changer. Au moins une fois.

En tout cas, moi, j'étais déguisée ! J'étais déguisée en maman, comme chaque année.

Mais cette fois-ci, j'ai vraiment dû supplier mamie pour me déguiser en maman. J'ai même dû refuser plusieurs fois son strudel pour lui faire comprendre que moi ça me faisait vraiment de la peine de pas me déguiser en maman comme les autres années. Le coup du strudel c'était la première fois que je le tentais. Il ne me reste maintenant plus que le gefilte fish. Mais pour ça, je n'aurai vraiment pas besoin de me forcer.

Lorsque mamie a enfin accepté, je suis montée en courant dans le grenier et j'ai tiré le grand album photo de papamaman. Puis j'ai regardé l'album et j'ai opté pour la photo avec la robe vert-foncé, celle où maman est de profil et qu'elle regarde la mer sur le balcon d'un hôtel des Sables d'Olonne.

Quand le fameux samedi soir est enfin arrivé, papi et mamie m'ont chacun donné une main, et entre cette vieille cosmonaute et ce vieux plongeur, je me suis alors mise à voler sur le chemin de la synagogue dans ma petite robe vert-foncé.

Il faut savoir que mamie, elle adore la fête de Pourim pour deux raisons. D'abord parce que le personnage principal de cette fête est une femme, qui s'appelle Esther. Ensuite parce que c'est un des seuls jours où les femmes sont aussi proches des hommes dans la synagogue.

Il y a juste l'allée centrale qui les sépare.

Tonton aussi adore beaucoup Pourim. C'est un des seuls jours dans la synagogue où les hommes sont aussi proches des femmes.

D'ailleurs, tonton me dit parfois le vendredi soir au creux de mon oreille qu'un jour cette allée centrale c'est lui qui sera dessus et qu'à ses côtés se trouvera une femme, et qu'elle sera aussi belle que la lune, et aussi rare qu'une tortue luth.

C'est pour ça que samedi, avant de commencer la Méguila, je lui ai rappelé tout doucement, en lui chuchotant tout bas, de ne pas s'en faire. Je lui ai dit qu'à Pourim il était question de miracle, et que pour la lune il y avait enfin une cosmonaute pour aller la chercher, et que pour la tortue luth il y avait enfin un plongeur pour aller la trouver...

Enfin voilà, tout ça pour vous dire que la lecture de la Méguila a été magnifique ! J'étais sur les genoux de papi. Il y avait Alfred Dreyfus à notre droite et Lucky Luke à notre gauche.

Dès que le rabbin se mettait à prononcer tout haut le nom d'Aman, papi libérait son Parkinson et s'amusait à taper très fort sur le sol avec ses chaussures en cuir. Du coup, à chaque Aman qui retentissait, moi je voltigeais sur les genoux de papi.
Lucky Luke avait beau avoir son pistolet noir, c'est moi qui avais le cheval !

Comme chaque année, tonton Dan s'est amusé à faire un bruit différent pour chaque nouveau Aman qu'il entendait. Mais au dernier Aman, il ne savait tellement plus où il devait taper ou bien ce qu'il devait faire comme bruitage avec sa bouche, qu'il s'est mis lui-même tout seul une énorme claque sur la tête. Là il me semble que papi n'était pas content parce que je l'ai entendu dire quelque chose en arabe.

A un moment donné, en plein milieu de la prière, Astérix, qui était juste derrière nous, a crié très fort le mot «Hamon» au moment même où le rabbin allait dire Aman. Toutes les premières rangées se sont alors mises à rire, sauf Tonton Dan qui a trouvé ça stupide et vraiment peu citoyen.

A un autre moment donné, au moment où le rabbin finissait de lire la Méguila, un garçon s'est mis à dire tout haut que finalement cette histoire de Pourim c'était un peu comme le Barcelone/PSG de cette semaine : Paris qui se voyait déjà qualifié et qui se retrouve finalement pendu. Mais à ce moment-là, c'est carrément le rabbin lui même qui s'est retourné et qui lui a fait les gros yeux. On est quand même dans une synagogue, on est à Paris, faut pas pousser.

Quoiqu'il en soit, ça restera pour moi un week-end magique... Ça c'est sûr et certain.

Mais lundi n'a pas été du tout une bonne journée pour moi. J'étais tellement encore dans la fête de Pourim que lorsque la maîtresse a fait l'appel et a prononcé le prénom de cet idiot de Benjamin, j'ai tapé très fort le sol avec mes pieds ...

Pourtant cette honte, c'est rien du tout par rapport à la feuille que j'ai trouvée l'après-midi dans le casier d'Ezra. Je n'aurais jamais dû fouiller dans les affaires d'Ezra, ça ne se fait pas et ça m'apprendra...

Mais voilà. Il a écrit une jolie poésie sur l'école, sur les billes, sur Cécile. Il est amoureux de Cécile.

L'école, les billes, Cécile

La cloche vient de sonner : vite en rang deux par deux !
Bousculé de partout, je perds de vue Cécile,
Mon papa dit souvent que l'école est un jeu,
Où gagne celui qui sait que dix fois cent font mille.

J'aime l'odeur de la classe, j'aime beaucoup mon voisin,
J'espère qu'il pense comme moi, que nous sommes bon copains,
Aujourd'hui il y a plus de garçon que de filles,
A nous la grande cour, on pourra jouer aux billes !

Maîtresse doit-être heureuse : elle fait ses traits en jaune,
Existe-t-il des craies de toutes les couleurs ?
Je sais placer la Seine, j'ai du mal pour le Rhône,
Benjamin y arrive et cela me fait peur.

Une nuit j'ai rêvé d'une dictée à l'envers,
Pour me corriger il fallait deux stylos verts,
Je regarde au dehors, il pleut sur les jonquilles,
Je déteste le préau : on n'y sort pas les billes !

C’est vrai que pour aller en classe supérieure,
Aucune matière ne peut être négligée ?
L'Histoire à mon avis mériterait bien plus d'heures,
Ainsi chaque élève aurait la sienne à livrer.

Mardi la belle Cécile m'a fait un sourire rare,
Je venais d'la sauver d'un insecte qui pique,
"Il faut être méritant pour connaître la gloire !"
Merci m'sieur l'directeur pour cette phrase poétique.

Tiens, onze heures sur l'horloge, la leçon de français
Va sortir de nos têtes durant de longues minutes,
Le temps pourrait gâcher la fête, la récré,
J'entonne pour le soleil un morceau à la flûte.

Cette semaine j'ai appris : les multiplications,
A attendre pour manger que chacun soit servi,
Qu'il fallait être fort pour battre Napoléon,
Et plein de choses encore pour commencer sa vie.

Oh ! Voici le soleil aux rayons de vanille,
La maîtresse nous libère, ravie pour ses loulous,
Tant pis si c'est pas sec, on mouillera nos genoux,
J'entends déjà au loin le roulement de ma bille.

Jérémy Séroussi

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