Auteur juif : Kafka plus proche, Œuvres complètes

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kafka  plus proche

KAFKA PLUS PROCHE

Franz Kafka, « Œuvres complètes » Tome I et II, Trad. de l'allemand (Autriche) par Isabelle Kalinowski, Jean-Pierre Lefebvre, Bernard Lortholary et Stéphane Pesnel.
Édition publiée sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre, La Pléiade, Gallimard, 2018, 1392 p. et 1072 p., 55 et 60 E..

Les précédentes traductions de l’œuvre de Kafka ne rendait pas toujours à cru la puissance des déchéances qui parsèment les œuvres. Elles gardent ici une sorte d'alacrité. N'existe jamais  de place pour les lamentations : certes l'"optimisme" de certains héros - en particulier celui de « Amerika » - fait sans doute peine à voir, mais il n'en demeure pas moins que l’œuvre crée toujours des suites de décalages. Elles ont souvent ont bénéficié - comme le texte cité - des « chances » de l'inachèvement.

Le nettoyage proposé pour le Pléiade par Jean-Pierre Lefebvre s’incarne  en deux corpus. Le premier réunit d’une part les textes publiés par Kafka en librairie ou dans la presse (entre autres  Observation - La Sentence - La Métamorphose - Dans la colonie pénitentiaire). Le second rassemble les « testaments trahis » que  Max Brod devait détruire ( « vernichten » «anéantir» écrivit Kafka). Les avis divergent sur une telle trahison. Mais il faut rendre grâce à Brod d’avoir sauvé par son « viol » nécessaire des chefs d’œuvre.

Ces nouvelles traductions se signalent aussi par une précision plus forte. Et si chez l’écrivain les textes à caractère narratif et ceux à caractère vécu sont souvent étroitement liés, tous ces éléments épars et disjoints agencés par Lefebvre et son équipe forment à eux seuls non une marginaglia mais un tout. Existe là  - et même si ce n’était pas le souhait de leur auteur - une  mise en abîme et d’approfondissement.

L’écriture possède chez Kafka un caractère ambigu (bien plus que chez un Flaubert par exemple). A la fois elle dénude et recouvre, « sauve » et enfonce, justifie mais laisse l’auteur en perpétuel état d’errance. Il ne peut dès lors que demander à d’autres voyageurs - un peu moins errants que lui si - comme cela a lieu en un fragment lui même inachevé en plein milieu de phrase  - derrière les « sept mers il y avait les sept déserts » . Le fait que ce texte soit lui-même laissé en déshérence au coeur d’une proposition en dit long sur la volonté de vision comme apeurée d’elle-même de l’auteur. Elle témoigne tout autant de la puissance de l’œuvre incontornable.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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