Youssouf Fofana, toujours silencieux

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fofana2.jpgArticle paru dans "Le Nouvel Obs" pat Elsa Vigoureux
 
Comme Youssouf Fofana refusait d'être extrait de sa prison, le président de la cour d'assises de Créteil a délivré un mandat d'amener, pour que le meurtrier d'Ilan Halimi comparaisse finalement ce lundi 8 novembre en milieu d'après-midi. Il est apparu vers 15 heures dans la salle d'audience, au deuxième rang du box situé à droite du banc des parties civiles. Selon plusieurs personnes présentes, Youssouf Fofana a dit qu'il croyait en la religion, mais plus du tout en l'homme, qui ne fonctionne selon lui que par intérêt. Il a ajouté qu'il ne dirait rien sur les faits.

A l'inverse de l'attitude qu'il avait adopté lors du procès en première instance, Youssouf Fofana se moque désormais du sort des autres accusés. En 2009, il insistait et précisait à plusieurs reprises devant la cour qu'il était responsable de tous les faits, que les autres n'avaient été pour lui rien que des « outils » qu'il manipulait. Le président Olivier Leurent lui a lu une liste d'une quarantaine de questions concernant les tentatives d'enlèvement qui ont précédé l'affaire Ilan Halimi. Youssouf Fofana est resté muet. Il a dit aussi au magistrat qu'il espérait de ne pas aller avec lui jusqu'aux injures. Sa comparution à titre de renseignement a duré en tout une vingtaine de minutes.

La cour en a terminé aujourd'hui avec l'étude des tentatives d'enlèvement qui ont précédé le rapt d'Ilan Halimi. Elle a étudié les faits relatifs à Jérémy L. et Marc K. Pour eux, l'appât, c'était Audrey L. Youssouf Fofana la connaissait par l'intermédiaire de Jérôme R. Pour se faire un peu d'argent, la fille avait accepté « le plan » de Fofana, qui se faisait alors appeler « Mohammed ». Elle devait appeler un type, le baratiner. Il lui avait donné le numéro de Jérémy L., elle lui avait dit qu'elle s'appelait « Natacha ». Quand il l'a rappelée, elle n'a plus eu envie d'obéir à Fofana. Lui préfèrait aussi qu'elle se concentre sur quelqu'un d'autre, parce qu'il trouvait que Jérémy L. n'avait pas l'air « vraiment juif ». Il a envoyé la fille faire les magasins de téléphonie, dont il pense qu'ils sont tous tenus par des juifs, qui ont forcément de l'argent.

Elle est allée vers Marc K., lui a dit s'appeler « Léa », a noté son numéro. Puis Fofana a emmené Audrey L. à Sceaux, pour lui montrer les lieux où il prévoyait d'enlever la victime. Elle a dit non, qu'elle n'irait pas plus loin. C'est Audrey L. qui, après la découverte du corps d'Ilan Halimi, s'est spontanément rendue à la police et pour permettre ensuite les interpellations de tous les membres du « gang ».

Lors du procès de première instance, Audrey L. a été condamnée à deux ans de prison dont 16 mois avec sursis. L'avocat général avait requis 3 ans de prison, dont 28 mois avec sursis. Elle n'est pas concernée par le procès en appel devant la cour d'assises de Créteil, et ne comparait qu'en tant que témoin.

Jeudi et vendredi, la cour avait examiné les faits relatifs à Mickaël et Jimmy D. C'était en décembre 2005, Youssouf Fofana envoyait Alexandra S. sous le nom de « Melvina » chez Jimmy D. à Antony. Un jeune homme producteur de musique, dont le bruit courait qu'il avait la vie confortable, qu'il ne manquait pas d'argent, il vivait d'ailleurs dans une belle maison, avec un studio d'enregistrement. Le jeune homme a reçu la fille, lui a donné son numéro de portable. Puis il est parti en Israël, l'a oubliée. Elle non, elle n'arrête pas de le rappeler.

Au début du mois de janvier 2006, elle décroche un rencart avec Jimmy D. Qui s'enferme dans un cinéma, parce qu'il n'a pas envie de se rendre au rendez-vous avec cette fille. Fofana la conduit chez lui, il veut qu'elle attire le père, Mickaël D., dans son piège. Alexandra S. lui donne rendez-vous le 6 janvier 2006 à la gare de RER d'Arcueil-Cachan. Ils s'en vont boire un coup dans Paris, à Saint-Germain des Prés. Elle lui demande de la raccompagner, insiste. Il cède, la suit jusque dans un hall d'immeuble, où des ombres fondent sur lui. On le tabasse, on l'insulte « crève », « sale juif », « youpin ». Pas loin de là, au même moment, une camionnette brûle.

Une diversion pour occuper la police. Fofana a tout prévu. Un type de Bobigny lui a prêté main forte. Jérémy P. lui a laissé sa voiture. Christophe M. a attendu dehors pour récupérer la fille.

Condamnée à huit ans de prison, Alexandra S. n'est pas poursuivie en appel. Elle comparait devant la cour en tant que témoin. Libre.

Jérémy P. a été condamné à trois ans de prison lors du premier procès. Il est poursuivi devant la cour d'assises de Créteil, où il comparait libre.

En première instance, Christophe M. a été condamné à la peine requise par l'avocat général, soit 10 ans de réclusion criminelle. Il comparait en appel devant la cour d'assises de Créteil.

A partir de mardi en fin de journée, la cour d'assises de Créteil abordera les faits relatifs à l'enlèvement, à la séquestration et au meurtre d'Ilan Halimi. Avec d'abord la présentation générale de l'enquête, par le commissaire Olivier Richardot.

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