Livre juif : La Shoah et son sinistre, Max Fullenbaum ou les mots pour le dire

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La Shoah et son sinistre : Max Fullenbaum ou les mots pour le dire

La Shoah et son sinistre : Max Fullenbaum ou les mots pour le dire

Max Fullenbaum, "Mohair" suivi de "Mot à mot oratorio", Voix Editions, Richard Meier, 2016, 26 E..

Dans son livre oratorio Max Fullenbaum prouve une fois de plus qu'on ne se remet jamais de l’histoire. Surtout lorsque sous Hitler on avait un nom que l’auteur nomme « inflammable ». Pour autant, l'auteur n’écrit pas un énième livre sur la Shoah. Il surprend par la force de son écriture expérimentale. Elle sort du discours.

Car pour évoquer la Shoah il ne s'agit pas d'étouffer la langue sous la mort. Il faut lui redonner de l'air : d'où le titre "Mohair" à comprendre ici comme un mot féminin. LA mohair en effet brasse la mort et l'air que les nazis avaient entrepris d'annexer et d'en priver ceux qui furent leurs victimes.

Max Fullenbaum crée comme il l'écrit une "iconographie sanc icones où l'interdit de l'image se trouve respecté puisqu'elle ne serait qu'un artefact à ne pas tolérer". Mais les mots et leur agencement sont eux-mêmes pris des convulsions engendrées par la Shoah. Le texte prend - dans ses réitérations et sa "table des matières" reprise en haut de chaque page de gauche - des dimensions complexes, émotionnelles, physiques, individuelles, collectives. La fragilité jaillit du corps du discours en ordre de marche là où les corps "circulent" vers la mort.

Celui qui dans son enfance a échappé par un quasi-miracle aux rafles et à dévaler son pays "en Pétainie" mélange ses souvenirs et le réel en fragments terribles. Parfois une seule phrase suffit pour tout comprendre. Et des années 40 à aujourd’hui rien ne change. Même dans le mot « ju-if » l’auteur distingue un hiatus, une coupure mais aussi un lien où, comme dans son ou sa "mohair" le masculin et le féminin se mêlent.

Existe là quelque chose d’irréductible. Et ce pour une raison majeure et un défi : la littérature ici ne se recopie pas, elle s’invente et progresse. Elle indique un passage ou une traversée au moment où le texte semble appartenir non à un ordre de ce qui fut de ce qui reste en devenir et que rappellent les jeux de substances syntaxiques.

L’auteur remonte et démonte la topographie de l’existence et du monde par celle du langage qui fait basculer la mémoire en ce corps inédit. Surgit, des vocables les plus simples, une étrange intensité et un émoi donnés par la cassure des syntagmes et syntaxes. Cette ouverture duale souligne le silence pour mieux dire et voir mieux la solitude, le cercle de la clôture là où la douleur trouve un accent particulier en hommage (et bien plus) aux disparus des camps.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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