Antisémitisme : Les mots de la haine - les sites de la honte.

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Autour du FN, les droites extrêmes : Les Juifs assassinent dans l’ombre, marquons-les pour les reconnaître[1942] !

Les mots de la haine - les sites de la honte.

Après un premier article consacré à l’extrême-droite ultra-radicale *,
ALLIANCE poursuit son immersion en eaux troubles sur le web.
En dépit de la flamme déclarée par ces mouvements au drapeau tricolore, c’est le « brun » qui domine dans ce
voyage à l’extrême bout de la nuit.

 

Dans notre précédente enquête, nous avons dégagé deux courants majeurs : le « national-pétainisme » et le « national-catholicisme -fondamentaliste- », représentés par les sites Jeune Nation ou La Flamme, et Contre-info.

Tout comme le blog qui nous a initialement interpellés, ces « organes de presse » clament leur volonté de contrecarrer l’entreprise de désinformation des médias officiels considérés comme de simples relais du Système et donc, des Juifs.

Ils publient, sans complexe, des articles antisémites, xénophobes voire racistes ou implicitement négationnistes.

L’information, vecteur privilégié de l’idéologie.

Jeune Nation

Premier exemple, sur  Jeune Nation :

L’appât du gain au service de la vérité sur le prétendu « Journal » d’Anne Frank ?

Le Figaro a consacré un article à une demande de la Fondation Anne Frank, qui gère les droits de l’œuvre : celle-ci souhaite que le père d’Anne Frank - mort en 1980 - soit reconnu comme co-auteur car il a « rassemblé le journal, en coupant une partie qu’il jugeait trop personnelle » ;
cela permettrait de reporter la date à laquelle les écrits tomberont dans le domaine public [70 ans après la disparition de l’auteur], les protégeant pour quelques temps encore des négationnistes qui ne manqueront pas de « triturer » le Journal.

Interprétation de Jeune Nation : « Le texte censé avoir été écrit » par la jeune Anne Frank, est en réalité « l’œuvre de son père » et n’aurait pas dû être « imposé aux jeunes Européens depuis quatre générations. (…) Shoah = dollars ». Les juifs sont prêts à tout « pour préserver leur poule aux œufs d’or ».

La boucle est bouclée et l’info, détournée.

Second exemple : Le prétexte utilisé par Israël pour bombarder Gaza est un mensonge. Site Contre-info, émanation du Renouveau français.

Là, le visuel frappe d’emblée : une affiche du régime de Vichy, représentant un individu dissimulé sous une cape noire marquée de l’étoile jaune, avec le slogan Les Juifs assassinent dans l’ombre, marquons-les pour les reconnaître !

Cet organe de presse n’hésite pas à utiliser un appel à la « dénonciation du youtre » [légende de l’affiche ; 1942] pour dénoncer la politique israélienne.

Derrière ces outils de propagande, des mouvements politiques.

Trois principaux : l’Oeuvre française, Renouveau français et le Parti de la France.

Le premier, l'Oeuvre française,  est une « ligue », modeste, par le nombre d’adhérents, très influente au niveau doctrinal. Pétainiste, antisémite et xénophobe, elle a appelé à voter Carl Lang à l’élection présidentielle de 2012 par la voix de son président, Yvan Benedetti ,directeur de Jeune Nation et hébergeur de La Flamme, ex-bras droit de Bruno Gollnisch au Front National - également employé par le groupe FN du Conseil régional de Rhône-Alpes -, a été exclu du parti en 2011.

A notre connaissance, il a continué à être présent lors des visites de Jean-Marie Le Pen à Lyon, après son exclusion.

Le second,  Renouveau Français, est un mouvement composé majoritairement de militants de moins de 30 ans hostiles à Vatican II, homophobes, antisémites, férocement opposés à l’avortement et à la République.
Son chef, Thibault de Chassey, déclarait en 2009 : « Nicolas Sarkozy et sa troisième femme ,Carla Bruni,ne sont pas Français ni par la chair, ni par l'esprit. Ces gens-là sont des déracinés, des apatrides ».

Quant au Parti de la France, il se pose comme recours électoral nationaliste à un FN devenu « national-démagogique » - expression de Carl Lang, président du PDF-.

Le site national de ce parti présente peu d’aspérités, à l’exception d’un communiqué intitulé Le moins Français et le plus sectaire des socialistes à Matignon [avril 2014].

Le blog de son secrétaire général, Thomas Joly, est en revanche plus explicite :

en octobre 2010, il qualifie la Shoah de « dogme établi » dont on ne peut discuter en raison d’une « loi scélérate »la loi Gayssot-, évoquant dans ce même texte « toutes sortes de crapules généralement exotiques ».

Soutenant l’auteur, ouvertement antisémite, Hervé Ryssen, il relate la « persécution judiciaire » subie par celui-ci pour avoir « osé critiquer le tout puissant chef de la Ligue des droits de l’homme ,Juif, Michel Tubiana, ou évoqué les liens entre la religion hébraïque et l’inceste ».

 

Sur le site du PDF du Calvados, on découvre par ailleurs un onglet Ordures socialo-communistes… Un appel à représailles y est lancé, en réponse à une caricature – d’un goût douteux – publiée par le journal Nord Littoral : « Ces journalistes (…) recevront tôt ou tard le salaire de leur ignominie. (…) ces ordures laissent aujourd'hui les traces écrites qui justifieront demain nos plus légitimes représailles ». Les coordonnées téléphoniques du journal, sont transmises.

Entretien avec le Président du PDF, Carl Lang.

Interrogé sur ces éléments, le fondateur et président du Parti de la France - ancien cadre majeur du FN -, a éludé un certain nombre de nos questions, pas toutes :

A notre question : Est-ce que le Parti de la France revendique son appartenance à l’extrême-droite ?
Il répond nettement :

« En aucun cas. Le PDF est un parti de droite nationale, patriotique et européenne. Le PDF n’a pas d’affiliation au parti national-socialiste ouvrier allemand,parti nazi, et je ne me sens pas d’affinités avec l’idéologie antisémite ».

A la question : Pourquoi a-t-il  qualifié l’actuel Premier Ministre, Manuel Valls, de « moins Français des socialistes »?

Sa réponse est claire : « Manuel Valls a été naturalisé français à l’âge de 20 ans. Dont acte. Mais qu’il se permette de donner des leçons de patriotisme français, m’exaspère ! En 2014 il y a encore en France, des gens dont les parents, les grands-parents et cinq, dix autres générations, étaient de ce territoire. Ce peuple français-là, a aussi le droit d’être entendu et respecté ; même par M. Valls ».

Considèrez-vous la loi Gayssot* comme une loi « scélérate », à l’instar du secrétaire général de son parti ?

« Il s’agit en effet d’une loi liberticide, qu’il s’agisse de la dénonciation de la préférence nationale ou d’autres formes de censure politique ».

Il reconnaît néanmoins que l’expression scélérate « peut rappeler les discours fascistes ; mais il faut la prendre au sens littéral ». Quant aux autres propos de Thomas Joly, après avoir tenté de les attribuer à des personnes qu’aurait citées celui-ci, il refuse d’en commenter la teneur.

Sur l’antisémitisme Carl Lang s'exprime également :

« L'explosion de l'antisémitisme en France au 21ème siècle, est le résultat d’une expression à caractère djihaddiste  et de l’immigration-colonisation massive en Europe. L’antisémitisme des mouvements patriotes ou nationalistes français, est l’arbre qui cache la forêt ».

Par ailleurs ajoute-t-il :« Ceux qui critiquent la politique israélienne, ne doivent pas être considérés comme antisémites car, sinon, on sortirait de toute rationalité ».

Nous enfonçons le clou :
Mais l’antisémitisme est-il une opinion comme les autres ?

« C’est une opinion oui [un temps de réflexion], que l’on peut combattre comme toute autre opinion humaine ».

Reconnaissez-vous  le caractère antisémite du régime de Vichy ?

Première réponse : « Je ne suis pas historien ! ». Il renvoie ensuite aux députés du Front Populaire élus en 1936 : « Ce sont eux qui, en 1940, votent les pleins pouvoirs politiques et constitutionnels, au maréchal Pétain… Quand on est un patriote français, on hérite de toute l’Histoire de France ».

 

Autre réaction : celle de Bruno Gollnisch, Député européen et Président du groupe FN de Rhône-Alpes.

 

Nous avons contacté Bruno Gollnisch lors de notre premier article, car il est très « visible » sur les sites ouvertement antisémites, pétainistes et révisionnistes consultés pour notre enquête.

Il avait fait preuve d’une étonnante réactivité pour nous adresser une « profession de foi ». Sans répondre à nos questions.

Lorsque nous l’avons recontacté afin d’obtenir des précisions, il nous a renvoyés à sa « réponse en cinq points ».

Revenons sur son discours.

Au sujet des propos antisémites, il affirme « condamner par principe toute attaque contre une personne faite en raison de ses origines ou de sa religion. Il  pense cependant que la critique des positions publiques, politiques, économiques, intellectuelles, morales, de toute personne ou groupe de personnes doit rester libre. Si des personnes s’estiment agressées par les sites en question, elles peuvent saisir les tribunaux ».

 

Il se déclare donc « partisan de la liberté d’expression (…), réserve faite de ce qui concerne l’injure, la diffamation, ou l’appel à la violence ».

Or, les sites mettant son blog en lien ou taguant son nom régulièrement, fourmillent d’hommages au maréchal Pétain et à des fascistes ou nazis notoires, d’amalgames entre l’identité juive et certaines activités, le terme « juif » y étant utilisé dans des phrases telles que L’immonde juif Jean Zay, entrera au Panthéon ou Quand la juive Anne Gravoin-Valls mobilise des policiers :
cette forme de violence, ces diffamations et ces insultes, ne lui posent-elles pas problème ?

Sa réponse est laconique : « Je ne donne aucune approbation ou improbation à ce que je n’ai pas moi-même exprimé ou avalisé ».

Mais le député européen ne figure pas sur ces sites « parmi tant d’autres » : une photo de lui ,en compagnie de Jean-Marie Le Pen, occupe en effet un tiers de la bannière de La Flamme. Il est absolument impossible qu’il l’ignore.

En découvrant cette bannière, n’importe quel visiteur a le sentiment que La Flamme se place sous le « patronage » de Bruno Gollnisch.
Dès lors, si ce dernier ne cautionne pas le contenu du site, pourquoi accepte-t-il une telle utilisation de son image ?

Bruno Gollnisch ne fera aucun commentaire, se bornant à souligner qu’il « ne donne son aval à aucun des sites » que nous avons mentionnés.

La Flamme a été créée par des dissidents du Front National.

L’hébergeur du site est Yvan Benedetti, via l’un de ses noms de domaines ; un très proche de Bruno Gollnisch.

Les autres « cellules » de l’extrême-droite ultra-radicale.

Au sein des droites extrêmes, existe un troisième courant très actif :
les
Identitaires.
Plutôt « sioniste », il dénonce l’immigration de façon virulente. Plusieurs maires frontistes ont fait appel à des communicants identitaires.

Signalons d’autres groupuscules : le GUD-Groupe Unité Défense -, plus actif auprès de Marine Le Pen - par le biais de l’un de ses anciens chefs, Frédéric Chatillon, et d’Axel Loustau, trésorier du micro-parti de MLP, Jeanne* -, que par sa structure actuelle ;

les skinheads,assez éparpillés) ; Egalité & Réconciliation (Alain Soral) ; Riposte Laïque et le Mouvement d’Action Sociale (issus de la gauche et de l’extrême-gauche, anti-musulmans) ; les souverainistes… Liste non-exhaustive.

 

Le Front National, « soleil noir » de cette nébuleuse obscure ?

ALLIANCE sollicite toujours une réaction officielle du Front National ou une interview de sa présidente. Car les exclusions de membres du FN à la radicalité trop visible, constitue une dédiabolisation à peu de frais.

 

 

Dans les faits, certains liens avec des personnalités ultra, semblent continuer d’exister. Et l’absence de « condamnation » ou même de « qualification », du régime de Vichy notamment ne cesse de troubler.
Enfin, une partie des mesures prises par les nouvelles mairies frontistes, se situent dans la « ligne historique » du FN : suppression de la subvention à la Ligue des Droits de l’Homme, refus de célébrer l’abolition de l’esclavage…

Sans parler de la tentative de constituer un groupe d’eurosceptiques au Parlement européen, avec des partis ouvertement xénophobes, racistes et antisémites.

L’idéologie du Front National « mariniste », demeure insaisissable.

Aujourd’hui, les actes antisémites violents ne sont pas issus de l’extrême-droite que nous venons de décrire.
Faut-il pour autant sous-estimer le degré de haine que ces mouvements véhiculent et insufflent ?

Ulcérés d’avoir été officiellement écartés d’un Front qu’ils considéraient comme le leur, ils bouillonnent de dégoûts, d’insultes et de colères.

Si l’Etat entend assurer la pérennité des valeurs qu’il incarne et la sécurité de tous les citoyens, il se doit d’effectuer une veille réactive des multiples « sites de la honte » pour qui la pire barbarie du 20ème siècle, fut héroïque...

Car, sitôt dissous, ces sites ou mouvements renaissent de leurs cendres ; et leurs idées semblent maintenant « diffuser » au-delà de leur sphère traditionnelle d’influence.

 

Lydie Levine

1 - http://www1.alliancefr.com/actualites/le-fn-sur-le-net-dabord-les-mots-ensuite-les-morts-6008472

2 - La loi Gayssot a notamment créé un délit de « contestation de crimes contre l’humanité ».

3 - Une information judiciairevisant le micro-parti de Marine Le Pen, Jeanne, et la société Riwal de Frédéric Chatillon (qui fournit les kits de campagne au FN), a été ouverte pour "escroquerie en bande organisée", "faux et usage de faux", "blanchiment en bande organisée" et "abus de biens sociaux".

L’instruction a été confiée aux juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi.

 

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