1945-1947 : le peuple américain hostile à l’arrivée des Juifs de André Chargueraud

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1945-1947 Le peuple américain hostile à l’arrivée des Juifs.

1945-1947 Le peuple américain hostile à l’arrivée des Juifs.

La guerre est terminée. Les horreurs de la Shoah sont connues et pourtant, insensibles, de très nombreux Américains s’opposent à l’arrivée des survivants.

 

En 1944, 1945 et octobre 1946, trois grandes organisations patriotiques qui regroupent des centaines de milliers de membres, les Filles de la révolution américaine, la Légion américaine et les Vétérans des guerres étrangères, demandent l’interdiction totale de l’immigration aux Etats-Unis pour les prochains cinq à dix ans. Le plus grave, c’est que pour eux, même si les Juifs ne constituent que 10 à 20% des personnes déplacées qui végètent dans les camps, le mot « réfugié » est synonyme de « Juif ».[1] Newsweek rapporte que de nombreux Américains demandent : « Les réfugiés ne sont-ils pas juifs ? Ne sont-ils pas venus d’Europe de l’Est ? Et cela ne signifie-t-il pas que la plupart d’entre eux sont probablement communistes ? »[2]

Des enquêtes successives confirment une attitude de plus en plus négative du public américain à l’égard des Juifs. A la question : « Avez-vous entendu des critiques ou des discussions contre les Juifs au cours des six derniers mois ? Oui répondent 46% des sondés en 1940, 52% en 1942, 60% en 1944 et 64 % en 1946 ».[3] La situation est pire dans l’armée américaine stationnée en Allemagne. 1790 soldats sont interrogés en mars 1946 sur le racisme et l’antisémitisme des Allemands. L’étude révèle que 51% pensent qu’il y avait des côtés positifs dans la politique de Hitler, 22% estiment justifiée la politique nazie de la Solution finale et 19% pensent légitime la guerre déclarée par l’Allemagne. »[4]

Le 16 août 1946 Truman évoque son intention de demander au Congrès d’admettre un nombre non spécifié de personnes déplacées aux Etats-Unis. C’est aussitôt une levée de boucliers. Une enquête Gallup quelques jours plus tard révèle que 72% des personnes interrogées sont contre l’admission d’un plus grand nombre de Juifs ou d’autres réfugiés d’Europe, 16% approuvent la proposition Truman et 12% sont sans opinion.[5] Le refus par la population de tout assouplissement des quotas est sans appel.

Cette attitude négative du peuple américain se reflète au Congrès. « Dans le pays comme au Congrès il existe une méfiance constante à l’égard des étrangers et aussi choquant que cela soit, des Juifs en particulier », écrit en août 1947 Irving Engel, président du Comité d’immigration de l’American Jewish Committee.[6] Pour l’historien Leonard Dinnerstein « la plupart des membres du Congrès n’avaient que peu de connaissance au sujet des personnes déplacées et n’arrivaient pas à comprendre pourquoi elles n’étaient pas rentrées chez elles après la guerre.

On aurait pu penser que tous les Juifs d’Amérique auraient milité en faveur de l’admission aux Etats-Unis d’un maximum de leurs coreligionnaires d’Europe qui cherchent désespérément à quitter les camps en Allemagne où ils sont retenus. Ce n’est pas le cas. En septembre 1945, une enquête d’opinion estime que 80% des Juifs d’Amérique sont en faveur d’un Etat juif en Palestine. Ils craignent que l’admission de réfugiés juifs aux Etats-Unis ne se fasse au détriment de l’immigration en Palestine.[7]

 

[1] DINNERSTEIN in ROSENSAFT Menachem, Life Reborn : Jewish Displaced Persons, 1945-1951. Conférence Proceedings, Washington 14-17 200, United States Holocaust Memorial Museum, Washington, 2001. p. 106.

[2] DINNERSTEIN 1982, op. cit. p. 133.

[3] DINNERSTEIN 1994, op. cit. p. 132.

[4] BAUER 1989, op. cit. p .9, C’est Hitler qui a déclaré la guerre aux Etats Unis en décembre 1941.

[5] GROBMAN, op. cit. p. 167.

[6] GENIZI Haim, America’s Fair Share : The Admission and the Resettlement of Displaced Persons 1945-1952, Wayne State University Press,   Detroit 1993. p. 73.

[7] GANIN, op. cit. p. 47. WYMAN 1996, op. cit. p. 711.

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